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Enquête
sur les calculs de l'ASSEDIC (2) 22
mai 2004
ã
Isabelle
Aubert-Baudron

00041906
(liens actualisés
le 07/04/2011)
Plan
de l'article:
1.ASSEDIC
: spoliation des indemnisés, complicité avec les
entreprises malhonnêtes, gaspillage d'argent public et
tâches dépourvues de sens
a) Description des
faits
b) Autres
témoignages relatifs aux problèmes de paiement des
indemnités de l'ASSEDIC:
c) . Inférences
: éclairage que jettent les faits sur le fonctionnement
de l'ASSEDIC
d) Techniques
utilisées pour décourager les indemnisés
2.
Un pseudo modèle économique basé sur des
sophismes
a) Le "libéralisme"
actuel ou la mondialisation d'une économie mafieuse
b) Mécanismes
et conséquences du système des négriers
c). Des règles
économiques truquées
3.Enseignements
à en tirer pour les autres allocataires et associations
de chômeurs
Un
pseudo modèle économique basé sur des
sophismes :
a)
Le "libéralisme" actuel ou la mondialisation
d'une économie mafieuse:
J'entends
sans cesse les partis d'opposition fustiger d'un commun accord
"le capitalisme" et "le libéralisme".
Or ce qui se passe en ce moment en matière d'économie
n'a rien à voir avec le capitalisme en tant que tel. Si
j'observe ce qui se passe en réalité dans mon cas,
ce n'est pas "le capitalisme" qui est responsable du
fait que je me suis fait escroquer dans le cadre de mon travail,
puis sur le montant des indemnités qui m'étaient
dues : ce sont des gens bien réels. Quant aux méthodes
qu'ils emploient, qui n'existent que depuis environ le début
des années quatre vingt, elles sont parfaitement
illégales dans le cadre de notre pays, qui est un pays
capitaliste, et donc dans le cadre du capitalisme lui-même.
Ce
que nous voyons là n'est pas inhérent du tout au
capitalisme ni au libéralisme : c'est une des
manifestations de l'infiltration de méthodes mafieuses
dans l'économie capitaliste, ce qui n'est pas du tout la
même chose, autrement dit, ce contre lesquels des juges
anti-corruption s'élèvent depuis quelques années.
Ce phénomène est comparable à un
cancer se développant dans un organisme, qui finit par
mettre en danger l'économie elle même. Ne pas
confondre l'organisme et le parasite, ce qui est le but
recherché par les agents parasitaires.
Ainsi
l'histoire récente du chef d'entreprise qui est parti en
Angleterre sans prévenir ses employés, lesquels
ont découvert leur lettre de licenciement et l'usine vide
en embauchant le lundi: ceci n'a rien a voir avec le
capitalisme. Ce sont des méthodes de négriers,
utilisées dans des boites de négriers.
Un
jour dans une maison de retraite j'ai eu pour collègue
une Italienne qui avait été mariée à
un négrier. Voici la méthode qu'elle m'a décrite,
texto: "Pour monter une boite de négriers, c'est
simple : tu crée une entreprise tout ce qu'il y a de plus
légale puis tu embauches des gens légalement. Au
début tu les paies correctement, puis au bout de quelques
temps, tu ne les payes plus, et tu pars à l'étranger
avec l'argent. Là tu peux recommencer la même
chose. Certains montent plusieurs boites de négrier dans
des secteurs différents en même temps dans la même
région. Il y a aussi la formule d'embaucher des gens au
noir, des illégaux, que tu payes au début, et que
tu vires ensuite sans leur verser leur salaire. Certains réseaux
vont chercher les gens dans les pays de l'Est en bus pour
travailler en Europe. Et les gens viennent, parce que même
s'ils se font arnaquer, ils gagnent toujours plus que dans leur
pays d'origine. Ils sont hébergés par des gens du
réseau qui leur louent 100 euros la semaine une chambre
minable et récupèrent ainsi une partie du salaire
qu'ils leur versent."
Ensuite
l'argent gagné illégalement peut être
utilisé pour monter une entreprise respectable dont le
but est de le blanchir. Ici, hors de question de mettre la clef
sous la porte : à partir d'un système de
tricheries tous azimuts, en grappillant sur tout, cela devient
une source de bénéfices légaux, qui peuvent
être ensuite réinvestis dans la création
d'une entreprise identique, etc....
Le
non respect ambiant du droit du travail est du même filon.
Ce n'est pas une question de système économique,
le capitalisme en tant que tel n'a rien a voir ici, c'est une
question de pillage et d'escroquerie institutionnalisée,
et de gens qui acceptent de se comporter malhonnêtement.
Si le directeur d'un établissement agit ainsi, ce n'est
pas la faute du capitalisme, ni des dirigeants du pays. Il ne va
pas leur demander leur avis auparavant ni un ordre de mission,
personne ne l'oblige à se comporter ainsi, et il peut
parfaitement choisir de respecter la légalité,
personne ne le condamnera pour cela.
Ce
système devient possible par l'introduction, dans le
domaine de l'économie, de règles comptables qui
n'existaient pas auparavant, et de tout un système qui
rend ce pillage possible, y compris de réseaux
d'influence et de pressions de type mafieux, sans que personne
d'extérieur à l'entreprise ne s'aperçoive
de ce qui se passe.
Je
ne parle pas ici d'une mafia organisée style Cosa Nostra,
mais de méthodes et de comportements qui sont utilisés
de la même façon par certaines sectes, certains
groupes politiques, économiques, idéologiques,
etc. Cela s'accompagne d'un mode de pensée fondé
sur l'apologie de la débrouillardise : le fait
d'escroquer quelqu'un est présenté comme un
exploit, comme synonyme d'intelligence. Et cela aboutit dans les
faits à un fonctionnement en matière d'économie
qui est contraire aux lois du pays.
C'est un raisonnement
compréhensible de la part de gens démunis, qui
doivent voler pour assurer leur survie, ou de parrains siciliens
illettrés qui n'ont jamais connu d'autre système
de fonctionnement. Mais pas de gens éduqués, ni
d'élus au service du peuple, et certainement pas à
l'échelle où le phénomène se
produit. Voir les conséquences de cette pseudo économie
dans l'article Description
des conséquences de la privatisation et de l'économie
de marché observées dans le secteur de la
psychiatrie publique
b)
Mécanismes et conséquences du système des
négriers:
Or
ces méthodes ne datent pas d'aujourd'hui : voir
ci-dessous des extraits de l'article publié dans le
supplément économique Eco-Soir Vendredi (13
septembre 1996) :
|
Aujourd'hui,
le tribunal correctionnel de Bruxelles prononce son jugement
dans le procès des " négriers ",
le plus important trafic de main-d'oeuvre mis au jour dans
notre pays. " Eco-Soir " a enquêté sur
les techniques de plus en plus sophistiquées des
fraudeurs " sociaux ". Dans la construction et
ailleurs.
Cette
fois, les poursuites ont été menées
jusqu'au bout. Pour la première fois dans l'histoire
judiciaire belge, un dossier épais de 185.000 pages,
résumant sept ans d'enquête, a abouti au
tribunal correctionnel. Sur le banc des prévenus, on
retrouve côte à côte des " négriers
" - terme à vrai dire un peu impropre pour
désigner des pourvoyeurs de main-d'oeuvre illégale
-, des employés de banque, des ouvriers, des chefs de
chantier et plusieurs patrons des grands de la construction
du pays (CFE, Van Rymenant, De Cock, Ibens et Gillion). Un
système frauduleux né il y a quarante ans mais
qui, au fil du temps, tel un caméléon, a
constamment changé d'aspect, de manière à
échapper aux pièges tendus pour l'éradiquer.
...
...VIVE
LA SOUS-TRAITANCE !
Début
des années 80, la construction est en crise. Les
carnets de commande sont vides. Et la concurrence devient
féroce. Les " Italiens " entrent en scène.
Certains ont été " nègres "
dans les années 70. Ils ont compris le système,
et surtout ses failles. Le plus ambitieux d'entre eux, c'est
Césarin Pitchounet (1) qui opère dans la région
du Centre (La Louvière).
La
combine qu'il concocte et qui sera copiée, est simple
et, surtout, elle rapporte gros. Il crée des sociétés,
" socialement correctes ", dûment
enregistrées et avec des ouvriers déclarés,
qui décrochent des contrats de sous-traitance. Mais en
fait de sous-traitance, ils n'en ont que l'apparence. Car les
travailleurs qu'il dépose à la grille des
chantiers n'ont pas d'équipement et travaillent
directement sous l'autorité des contremaîtres de
l'entrepreneur principal.
Au
fil des années, il perfectionne le système :
derrière le premier sous-traitant, qui n'est plus
qu'une société écran, se cache un
deuxième sous-traitant, qui recourt lui-même à
un troisième sous-traitant, etc. Tous ces montages
sont apparemment corrects, puisque les ouvriers sont déclarés
à l'ONSS. Sauf que les cotisations sociales ne sont
pas payées. Le temps que les services administratifs
remontent les filières, détectent les "
oublis ", adressent des rappels et les mises en demeure
et assignent devant les tribunaux, six à neuf mois se
sont écoulés et la société
sous-traitante est mise en faillite. Mais une autre du même
type est déjà prête à prendre le
relais et à poursuivre les travaux avec les mêmes
ouvriers sur les mêmes chantiers.
Ce
système a fonctionné quasiment sans
discontinuer pendant toutes les années 80. Dès
1984 pourtant, sous la signature de Guy Depas, " Le Soir
" révèle que la Commission d'agréation
des entreprises, l'Inspection des lois sociales et les
organisations syndicales ont dressé, à
l'intention du ministre des Travaux publics de l'époque,
Louis Olivier, des listes d'entreprises suspectes. En tête
de ces listes, la firme mouscronnoise Ferret, dont le
responsable était ssaussi vice-président de la
Confédération (patronale) de la construction.
Mais aussi quelques noms qui ont refait surface dans
l'affaire jugée aujourd'hui à Bruxelles, comme
CFE, Van Rymenant ou Gillion Fils. On a beau tirer la
sonnette d'alarme, rien ne bouge.
Dans
les années 89-90, face à l'ampleur prise par
cette fraude sociale organisée, le ministre des
Affaires sociales de l'époque, Philippe Busquin, prend
le taureau par les cornes. Il fait voter la " loi
anti-négriers "; une loi qui impose une carte de
travail individuelle ainsi qu'une liste de présence
journalière sur les chantiers, et qui, surtout,
instaure le principe de la responsabilité solidaire
entre les entrepreneurs et leurs sous-traitants. Si le
sous-traitant ne paye pas l'ONSS ou le fisc, c'est
l'entrepreneur général qui passera à la
caisse. En même temps, sous l'impulsion de Luc Vanden
Brande, ministre de l'Emploi et du Travail, les effectifs des
services de contrôle sont renforcés.
Ce
coup de semonce va refroidir l'ardeur des pourvoyeurs de
main-d'oeuvre. Au début des années 90,
constate un spécialiste du secteur de la construction,
on a vu assez bizarrement 15.000 travailleurs réintégrer
le circuit officiel. Une augmentation que l'évolution
du chiffre d'affaires ne justifie pas.
"
INGÉNIERIE SOCIALE "
Mais
la trêve n'a duré qu'un temps. Le temps que les
" négriers " imaginent de nouvelles
méthodes. L'heure n'est plus, en tout cas, aux
menaces, parfois de mort, adressées il y a cinq ou dix
ans aux responsables syndicaux, aux ouvriers récalcitrants,
aux journalistes, voire aux ministres (Philippe Busquin
révèle aujourd'hui qu'il a bénéficié
de la protection de la Sûreté).
A
l'heure actuelle, on est plus " soft " mais tout
aussi efficace. Si on n'avait utilisé que du
personnel régulier à 100 %, il aurait fallu un
siècle pour terminer le chantier du Centre de congrès,
derrière le Quartier Léopold, ironise un
avocat proche des milieux de la construction. Je reçois
régulièrement, sur mon fax, des offres me
proposant de la main-d'oeuvre à un coût salarial
inférieur de 20 % au coût normal, ajoute un
entrepreneur.
Touchant
dorénavant tous les métiers de la construction,
les nouvelles méthodes mises en oeuvre par les "
négriers " relèvent de ce qu'on appelle
l'ingénierie sociale. Exemples ? Ils achètent
des firmes existantes, ayant bonne réputation et qui
sont dirigées par des hommes de paille au passé
vierge. Dans ces entreprises, les travailleurs ne sont que
partiellement déclarés, sous le couvert d'un
chômage économique important ou en s'abritant
derrière un (faux) travail à temps partiel.
Par
ailleurs, sachant que la coopération internationale
est encore moins développée en matière
sociale que dans le domaine fiscal, on peut aussi faire le
détour par des sociétés étrangères
qui acheminent en Belgique des travailleurs de toutes
nationalités. Lesquels ne sont pas affiliés à
la sécurité sociale belge. Et ce avec d'autant
plus de facilité que beaucoup d'entreprises belges
sont passées sous le contrôle de groupes
étrangers.
Autre
technique mise en oeuvre : celle des faux indépendants.
On fait croire à une participation au capital d'une
société coopérative (à des
ouvriers portugais, par exemple) et, en réalité,
on fait passer l'ouvrier pour un travailleur indépendant.
On élude ainsi les cotisations sociales du régime
des salariés.
Plus
grave : certaines dispositions de la loi-cadre relative à
la sécurité sociale laissent prévoir un
allègement des contrôles. Faux, s'insurge
Didier Verbeek, conseiller au cabinet de Magda De Galan. Si,
effectivement, les contraintes vont diminuer pour la
construction, elles vont en revanche être étendues
à l'ensemble des autres secteurs à risque.
Philippe
Busquin n'est pas pour autant rassuré : D'accord
pour une certaine flexibilité, mais avec l'accord des
syndicats et sous le contrôle de l'Inspection sociale.
Mais ce que l'on nous annonce à propos de la carte
sociale simplifiée, de la suppression de la liste des
présences ou de l'atténuation du principe de
responsabilité solidaire, est préoccupant. Il
faut attendre les projets d'arrêtés d'exécution.
Nous serons vigilants.
Cette
inquiétude du président socialiste est partagée
non seulement par les services de contrôles mais aussi,
plus étonnant, par certains cercles de la
construction. Chronique d'un dérapage annoncé ?
"
Tout le monde savait, tout le monde en a profité "
Tout
le monde savait, tout le monde en a profité.
Visiblement, Césarin Pitchounet ne veut pas
porter seul le chapeau de tout un système. Il parle et
dénonce toute la filière, de l'ouvrier à
l'Etat, en passant par les entrepreneurs généraux.
Mais dans le même temps, il minimise les préjudices
subis par l'ONSS, les Finances, les entrepreneurs honnêtes,
les fournisseurs non payés, les ouvriers...
LES
GAGNANTS...
Qu'en
est-il exactement ? Au rayon des gagnants, et largement en
tête, le " négrier " lui-même.
Sur un effectif de 100 ouvriers fournis à un
entrepreneur principal, le gain mensuel du pourvoyeur
(cotisations et précompte éludés) est de
3,3 millions. Et si le chantier dure 6 mois, on approche les
20 millions. Bien sûr, il a ses " frais " :
les hommes de paille à rémunérer, les
cocontractants à rétribuer, les avocats à
payer, les silences à acheter. Mais au bout du compte,
il lui reste quand même une solide marge.
Autre
gagnant : l'entrepreneur qui a recours au service du
pourvoyeur. Grâce aux prix consentis par le "
sous-traitant ", il a décroché le contrat
et il peut escompter un bénéfice plus que
confortable. D'autant plus confortable que, dans ce type
d'opération, une partie des flux financiers échappe
au prélèvement fiscal. Autrement dit, sa caisse
noire se gonfle. Ce qui lui permet, à son tour, de
faire des petits cadeaux.
Au
troisième rang vient le client. Dans la construction,
le coût salarial intervient en moyenne pour la moitié
de l'ensemble. L'intervention d'un " négrier "
permet un abaissement du prix global de l'ordre de 10 à
15 %. Comment résister à la tentation, même
si l'on est conscient que cette réduction est entachée
de fraude ? L'Etat lui-même n'y résiste pas. Je
ne veux pas le savoir, dit un conseiller de cabinet. Mon
ministre sera content si le marché est attribué
à un prix inférieur de 10 % à
l'estimation. D'ailleurs, la loi nous oblige à
attribuer le marché au " moins-disant ".
A
la charnière entre les gagnants et les perdants, le
travailleur embauché par le négrier, autrement
dit le " nègre ". Certes, il a trouvé
un travail et touche une rémunération nette
supérieure à celle qu'il aurait obtenue dans le
cadre d'un contrat normal. D'autant qu'il cumule, parfois, ce
salaire avec une allocation sociale (chômage, indemnité
de maladie, prépension, etc.). Mais en réalité,
son gain sera vite mangé et sa couverture sociale est
plus que précaire. Sans parler des sanctions
auxquelles il est exposé s'il est découvert :
il risque bien de ne jamais voir la couleur de son dernier
mois de salaire ni ses primes de fin d'année (sous
forme de timbres).
...
ET LES PERDANTS
Au
premier rang des victimes du système se trouve l'ONSS
(Office national de la sécurité sociale) chargé
de percevoir les cotisations. Dans le cadre du procès
Pitchounet (1), l'ONSS a fait minutieusement ses
comptes : toutes les factures jugées litigieuses
(dissimulation de la main-d'oeuvre utilisée sous le
label de quantités fournies, comme des mètres
cubes de bétonnage, par exemple) ont été
décortiquées. En convertissant ces quantités
facturées en heures de travail (prestées en
noir), puis en hommes, l'Office a estimé le préjudice
minimal subi dans cette affaire à 240 millions. Et,
par extrapolation, la fraude à l'ONSS serait de 600
millions pour ce seul dossier.
Bien
entendu, le dommage ne peut être estimé avec
plus ou moins de précision que lorsque la fraude est
découverte. Pour le reste, s'agissant du préjudice
résultant aussi bien de la fraude au quotidien que de
la fraude organisée, la fourchette des estimations est
extrêment large : de 80 milliards à largement
plus de 200 milliards selon Didier Verbeek, conseiller au
cabinet de Magda De Galan, ministre des Affaires sociales. Ce
trou, c'est le budget de l'Etat, c'est-à-dire
l'ensemble des contribuables, qui va le combler.
Ajoutons
que, dans le dossier Pitchounet, l'Onem a réclamé
aux travailleurs 23 millions pour des allocations de chômage
indûment versées à des ouvriers alors
qu'ils travaillaient en noir sur des chantiers.
Le
ministère des Finances fait également partie
des perdants car la fraude sociale s'accompagne le plus
souvent de fraude fiscale. Dans la filière Pitchounet,
il évalue son préjudice à 1 milliard.
Entre 1985 à 1991, le Trésor n'a perçu
ni le précompte professionnel, ni l'impôt des
sociétés qu'auraient dû acquitter les
entreprises du groupe dirigé par le " négrier
", ni la TVA. A-t-il un espoir de récupérer
l'impôt éludé ? Au même titre que
l'ONSS, il peut compter sur le principe de responsabilité
solidaire qui lie les entrepreneurs et les sous-traitants. Et
cela qu'ils soient ou non condamnés pour association
de malfaiteurs.
Dans
l'ensemble, le manque à percevoir que subit le fisc du
fait de cette fraude, est estimé entre 20 et 50
milliards. Rappelons que, selon les estimations les plus
sérieuses, l'ensemble de la fraude fiscale (impôt
sur le revenu, TVA, droits de succession et d'enregistrement,
droits d'accises...) coûte, bon an mal an, entre 400 et
500 milliards au Trésor.
Restent,
enfin, les entrepreneurs. Malgré la tentation,
certains ont refusé de rentrer dans le système.
Mal leur en a pris. Empêchés de lutter à
armes égales, ils ont vu, petit à petit, les
marchés leur échapper. Dans un premier temps,
ils ont mangé leurs réserves. Mais une fois
celles-ci épuisées, ils ont rallié le
camp des tricheurs... ou jeté le gant. Parfois dans de
bonnes conditions, en revendant leur affaire à un
moment où le bilan était encore présentable.
Plus souvent, en fermant purement et simplement. Un de
ceux-ci, plus curieux que d'autres, a cherché à
démonter le mécanisme des pourvoyeurs. A
Morlanwez, Grand-rue, il s'est présenté chez un
" négrier " pour se faire embaucher comme
contremaître. Une fois engagé, il a aussitôt
dénoncé le fait à la police, qui lui a
conseillé de laisser tomber. Une deuxième
défaite.
J
P B et M C
(1)
Suite à une demande de révision de son
procès, l'intéressé engage des
poursuites contre les media citant son nom, d'où
l'utilisation d'un pseudonyme. Dans le cadre de cette
enquête, ce n'est pas l'identité des individus
qui importe, pas plus que leur niveau de culpabilité
dont il ne m'appartient pas de juger, mais les faits
permettant de démonter les mécanismes de
l'économie négrière dont atteste cet
article.
|
Des
règles économiques truquées :
Depuis
une vingtaine d'années, nous entendons parler de
nouvelles règles de gestion, de "lois économiques",
présentées comme inhérentes à
l'argent, lois censées exister au dessus de nous et
indépendamment de nous. Ces lois et ses règles
comptables sont présentées sous un vocabulaire
technique d'une telle complexité qu'il est impossible à
celui qui les ignore d'y comprendre quoi que ce soit. : il
s'agit ici d'instaurer des "tours de Babel sémantiques"
limitant ce domaine aux seuls initiés .Le but en est
d'embrouiller les non spécialistes au maximum afin
d'obtenir leur participation au travers du pouvoir de
persuasion, afin de pouvoir l'engager dans un contrat truqué,
sans qu'il s'en rende compte.
Or
l'argent est un symbole d'échange inventé par
l'homme, et les économies, des systèmes humains
dont les règles sont fixées par les humains, non
des entités pourvues d'une existence réelle
indépendamment de nous L'argent n'a pas de valeur
indépendamment de celle que nous lui attribuons, et cette
valeur ne dépend pas de lui, mais de nous.
On
pourrait comparer l'économie à un jeu de cartes :
avec un jeu de cartes, il existe une multitude de jeux possibles
: la bataille, le poker, la belote, etc... Le type du jeu dépend
des joueurs, et il n'existe pas de "règle" du
jeu de carte existant indépendamment des joueurs et au
dessus d'eux. Ils peuvent jouer le même jeu en respectant
les règles de celui-ci, ils peuvent également
tricher.: si un joueur triche, il introduit de nouvelles règles
truquées pour lui même, sans que les autres le
sachent. La nouvelle "règle" qu'il introduit
repose sur un marché de dupes. Et c'est exactement ce qui
est en train de se passer en ce moment sur le plan économique
: nous avons de "nouvelles lois économiques",
de "nouvelles règles de gestion" truquées
utilisées pour nous dépouiller et nous asservir,
par des escrocs qui nous prennent pour des imbéciles. Ce
jeu continue tant que nous ne sommes pas conscients de la
manipulation. Quand nous savons en quoi elle consiste, nous
pouvons la mettre en lumière, et ce faisant, y mettre un
terme.
Voir
pour complément d'information sur la programmation de
cette économie à l'échelle européenne
(OCDE) dans l'article de Martine Bullard publié par le
Monde Diplomatique : « Etat
d'urgence sociale »
dont sont
extraits les passages ci-dessous :
|
"
Le ministre de l'économie, M. Francis Mer, n'a-t-il
pas lancé : " Ceux qui gagnent beaucoup d'argent
le méritent : ils apportent à la société
une valeur supérieure à ceux qui gagnent moins
(1)"?
Ces " méritants " montrent surtout leurs
dons de prédateurs : les patrons des quarante plus
grandes entreprises se sont octroyé, entre 2000 et
2002, une augmentation de salaire de 84 % ! Sans parler des
autres avantages... Ils ont obtenu une réduction
massive de l'impôt sur le revenu, dont les deux tiers
bénéficient aux 10 % de foyers les plus riches.
En
revanche, le gouvernement et sa majorité ont supprimé
l'allocation de mère isolée, qui bénéficiait
à 40 000 personnes parmi les plus défavorisées.
Déjà, 1 enfant sur 6 vit dans une famille
pauvre. En raison du chômage des parents, mais aussi à
cause de " l'insuffisance des transferts attachés
aux enfants ", selon le récent rapport (2)
du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion
sociale (CERC).
Au-delà,
le gouvernement a entrepris un programme de remodelage de la
société, applaudi par le patronat (3).
Il s'agit de faire table rase des protections sociales et de
livrer au marché ce qui, au fil des luttes, lui avait
échappé. Une tâche d'autant plus rude
que, en France, comme chez nombre de ses voisins, l'édifice
social est fondé sur le travail et le salariat. Ce
chamboulement accompagne la nouvelle phase de la mise en
valeur du capital, dont l'espace géographique
s'élargit à la planète et l'espace temps
se réduit à la dernière séance
boursière. Cela tue dans l'œuf toute ambition
industrielle ou technologique et provoque des
restructurations permanentes. Les plans sociaux pour
convenance boursière prolifèrent (voir Comment
la finance a tué Moulinex).
D'où la volonté de lever les freins aux
destructions accélérées, alors que, en
2003, la France a détruit plus d'emplois qu'elle n'en
a créé....
"
Vive la précarité ! "
Ce
programme rappelle étrangement les " soixante
recommandations (4)
" impératives fixées par l'OCDE en 1994,
ainsi formulées : " Revoir les dispositions
relatives à la sécurité de l'emploi,
accroître la flexibilité du temps de travail à
court terme et sur toute la durée de la vie (...),
activer les dépenses de chômage, favoriser les
contrats de gré à gré entre travailleurs
et employeurs ", etc. (5).
Chaque année, l'OCDE se transforme en juge. Elle
félicite la Belgique qui, dès 1993, a "
durci les conditions d'attribution des indemnités
chômage ", puis les Pays-Bas en 1996, puis la
France en 1999. En 2002, les bons points vont à
l'Allemagne, à la Belgique, à l'Espagne et à
la Suède, qui ont " assoupli les réglementations
applicables au contrat à durée déterminée
(CDD) et aux agences de travail temporaire ".
Un
temps montrée du doigt (notamment à cause des
35 heures), la France a rejoint le bataillon des élèves
modèles, singulièrement avec l'expulsion de
chômeurs du système d'indemnisation (6)
(250 000 fin mars 2004) - ce qui ne suffit pas pour empêcher
l'augmentation du nombre de sans-emploi. Les victimes se
voient accusées de désinvolture, menacées
de sanction. Le rapport Marimbert sur la privatisation de
l'Agence nationale pour l'emploi dénonce " les
difficultés chroniques " à vérifier
que les chômeurs recherchent bien un emploi, tandis que
la Cour des comptes déplore " la faiblesse des
contrôles " et du " taux de sanction (7)
". Le modèle, c'est l'Allemagne de M. Gerhard
Schröder, qui a doublé, l'an dernier, le nombre
d'indemnités suspendues pour cause de "
non-recherche active " d'emploi.
Que
certains passent entre les mailles du filet et profitent du
système d'indemnisation, c'est probable. Mais, en
France, ce qui frappe, c'est surtout le niveau record des
radiations administratives : 225 408 en 2000, 395 007 en 2003
(8).
Si bien que seuls 48 % des chômeurs sont indemnisés.
Le gouvernement entend pourtant accélérer les
exclusions. Les chômeurs concernés par le
rétrécissement de l'allocation spéciale
de solidarité (ASS) vont devenir des "
sans-droits ". Au mieux, ils toucheront le revenu
minimum d'insertion (RMI), bientôt corrigé à
la baisse sous forme de revenu minimum d'activité
(RMA).
Soupçonnés
de vivre comme des privilégiés - avec à
peine plus de 13 euros par jour ! -, les érémistes,
devenus éremastes, sont priés d'accepter
n'importe quel emploi sous-payé, sans même
disposer de la protection des salariés (pas de
cotisation retraite, par exemple). Ce RMA se révélera
une aubaine pour l'employeur, qui disposera d'un salarié,
parfois qualifié (27 % des bénéficiaires
du RMI ont le bac et plus), payé aux deux tiers par la
collectivité et sans droits, ou presque. Les grands
prêtres du libéralisme appellent cela "
l'activation des politiques de l'emploi ".
Une
fois les salariés les plus faibles précarisés,
il faut s'attaquer à ceux qui ne le sont pas encore.
Au nom de l'égalité de traitement avec "
les travailleurs temporaires ", l'OCDE réclame "
une libéralisation de la législation en matière
de protection de l'emploi pour les travailleurs permanents
(9)
" (lire : les contrats à durée
indéterminée et les fonctionnaires). Quelques
intellectuels bien en cour popularisent ces thèmes,
que les médias s'amusent parfois à opposer.
Fustigeant " la France qui tombe ", Nicolas Baverez
assure que les Français " ont fait le choix de la
croissance molle et du chômage pour éviter la
réforme de l'Etat-providence (10)
" à mener d'urgence. Niant toute idée de
déclin, Jacques Marseille arrive à une
conclusion similaire : " Le chômage n'est pas lié
à la croissance, mais à l'action des trois
piteux : l'Etat, les syndicats et l'éducation
nationale. " Et il en appelle tout logiquement à
faire tomber " la forteresse des salariés à
statut (11)
".
Tel
est bien l'objectif de MM. Chirac et Raffarin. Comme pour la
retraite ou pour la Sécurité sociale, ils
préparent le terrain avec un rapport, celui de M.
Michel de Virville. Cet ancien directeur général
de Renault, bien connu en Belgique pour la fermeture brutale
de l'usine de Vilvoorde en 1997, propose un super-CDD de cinq
ans pour les cadres, la création d'un " droit de
péage des licenciements " (une sorte de taxe
forfaitaire exonérant les employeurs de tout plan
social et autre recours), la limitation des droits des
comités d'entreprise, la marginalisation des juges en
cas de conflit, et la prééminence de l'accord
d'entreprise sur les conventions de branche et même sur
la loi. On retrouve le fameux contrat " de gré à
gré " dont parlait l'OCDE dès 1994. Le
travail redeviendrait une relation purement marchande, dans
le cadre d'un contrat " librement " consenti entre
employeur tout-puissant et salarié démuni - une
version moderne de la fable du renard " libre "
dans le poulailler " libre ", déjà
dénoncée par Karl Marx.
(1)
France 2, 15 septembre 2003.
(2)
"
Les enfants pauvres en France "
,
rapport n° 4, février 2004, La Documentation
française.
(3)
Conférence
de presse du Medef,
le 13 janvier 2004.
(4)
" La stratégie de l'OCDE pour l'emploi ",
OCDE, Paris, 1994.
(5)
Lire Serge Halimi, Le
Grand Bond en arrière,
Fayard, 2004, et Jacques Nikonoff, " Le défi
social ", Manière
de voir, n° 66,
novembre-décembre 2002.
(6)
Avec l'appui de syndicats dont la CFDT.
(7)
Jean Marimbert, , janvier 2004, et "
Le contrôle des demandeurs d'emploi ",
janvier 2004.
(8)
Ministère du travail et CGT-Chômeurs. Avec les
radiations en raison de l'absence au contrôle, le
chiffre est multiplié par 2,5.
(9)
"
Performance récente du marché du travail et
réformes structurelles ",
OCDE, Paris, 2002.
(10)
Editions Perrin, Paris, 2003.
(11)
La Guerre des 2 France, Plon, Paris, 2003. Et interview dans
Marianne, 2 février 2004, Paris.
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3.Enseignements
à en tirer pour les autres allocataires et associations
de chômeurs
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