INTRODUCTION A LA SEMANTIQUE GENERALE

D'ALFRED KORZYBSKI

H. BULLA DE VILLARET

COURRIER DU LIVRE

RESUME DE LA PREMIERE PARTIE

I. Aubert-Baudron

Introduction to Alfred Korzybski's general semantics (English version)



DEFINITION :

Sémantique : étude de la signification des termes du vocabulaire et des modifications qu'elle peut subir.

Sémantique Générale de Korzybski : théorie générale d'évaluation non-élémentaliste.

A l'expression "Sémantique Générale" est associée celle de "Logique non-aristotélicienne" ou "Système non-aristotélicien".



I

* Société animale : société statique comparée à la société humaine, comportements figés.

Société humaine : élaboration des cultures et évolution des civilisations :

Chaque génération enrichit et refaçonne un acquis qu'elle transmet à la génération suivante, qui va le modifier et l'accroître à son tour.



* Définition de chaque espèce qui relève la caractéristique fondamentale de chacune et la différencie des deux autres :

- la plante : relie entre elles des énergies : "energy-binder".

- l'animal : relie entre eux des points situés dans l'espace: "space-binder".

- l'homme : en plus des énergies et des points dans l'espace, relie encore entre eux des moments dans le temps dépassant sa propre durée vécue : l'homme est un "time-binder" :

grâce au langage humain et à l'écriture, des points peuvent être jetés entre les hommes séparés par la distance spatio-temporelle.



* La manière dont nous pensons et celle dont nous nous exprimons sont intimement liées. La puissance de suggestion du mot est telle qu'elle influence aisément ce mélange de sentiments et d'idées dont découlent nos divers comportements.

* Le désordre qui règne dans l'emploi que nous faisons du langage entraîne un désordre correspondant dans notre pensée, notre réflexion.

* Une pensée confuse ou incorrecte se répercute et se reflète dans nos modes d'expression, d'où une communication verbale entre individus incertaine ou déformée.



II

Dans notre civilisation, haut degré de développement technique, dans d'autres domaines, niveau primitif :

- dans le domaine technique : langage mathématique dont la structure est similaire à celle des faits.

- dans le domaine des institutions et affaires humaines : il y a désaccord entre la structure des faits et celle du langage.



* Le langage mathématique a une structure similaire :

- à celle des faits,

- à celle du système nerveux humain.



* La sémantique générale entraîne à faire marcher le cerveau comme si nous utilisions le langage mathématique.



II

Que veut dire : "langage dont la structure est similaire à celle des faits" ?

UNE CARTE N'EST PAS LE TERRITOIRE, ELLE LE REPRESENTE

A L'AIDE DE SYMBOLES.

UNE CARTE NE REPRESENTE PAS TOUT LE TERRITOIRE.



* Dans la perspective aristotélicienne : le langage est considéré comme le miroir de la réalité, d'où pas de distanciation entre le vécu humain et ce qui est dit.

* Dans la perspective non-aristotélicienne : le langage est une carte verbale : il ne peut prétendre rendre compte des faits totalement, encore moins avec une totale fidélité :

UN MOT N'EST PAS CE QU'IL REPRESENTE

UN MOT NE REPRESENTE PAS TOUS LES FAITS.



* Le langage représente symboliquement le donné vécu, d'où une nouvelle attitude à l'égard du langage.

* Langage mathématique : peu de risque de subir une déformation pendant la communication, peu de risque de malentendus.

* Langage courant : le contenu significatif, symbolique de chaque mot varie d'une personne à l'autre, d'une situation à l'autre.

è D'où une attitude de vigilance, de prudence, de méfiance à l'égard de l'utilisation de ce langage.

Remise en cause de ses propres habitudes en matière de symbolisation.



IV

Une carte nécessite un cartographe et un terrain.

Relations ou ensemble de relations entre eux :

Relations entre l'observateur et l'observé dans l'histoire de la pensée occidentale : trois périodes :

1) période grecque ou métaphysique ou pré-scientifique : Aristote - Euclide : l'objet observé n'a pas d'importance, l'observateur est tout.

2) période classique ou semi-scientifique : Descartes - Newton : l'observateur compte à peine, l'objet observé est vraiment important.

3) période mathématique ou scientifique : Korzybski - Einstein : tout ce que l'homme peut connaître est un phénomène dû conjointement à l'observateur et à ce qu'il observe.



L'observateur : (le cartographe, nous-mêmes)

* La perspective classique isole le psychisme, le corps et le milieu.

* La perspective non-A considère que l'homme constitue un tout psycho-somatique dans son milieu qui le pénètre et auquel il réagit.

è

- pas possible de considérer séparément le corps et le psychisme, l'esprit et la matière.

- pas possible de considérer l'homme séparément de son milieu physique, social et culturel.



ATTITUDE NON-ELEMENTALISTE : effort pour ne pas isoler les uns des autres des facteurs ou des éléments qui se trouvent reliés les uns aux autres structurellement.

è

l'observateur aborde ce qu'il observe avec la totalité de son organisme psychosomatique. Les caractéristiques de cet organisme sont dues aux influences reçues du milieu.

* La structure nerveuse humaine éprouve des sensations qu'elle organise en perceptions è ces perceptions sont tributaires :

- des possibilités

et de la structure nerveuse

- des limites

è

ce dont l'homme prend connaissance se situe au point de rencontre :

- d'une structure nerveuse humaine

- des composantes du terrain.



* Le donné vécu humain exige la présence d'un être humain. Indépendamment de nous, "notre monde", "notre réalité" n'existent pas.

Exemple : l'arbre, en tombant, provoque des ondes; pour que celles-ci soient perçues comme un bruit, il faut la présence d'une structure nerveuse humaine ou animale. Il n'y a pas de bruit s'il n'y a pas de récepteur pour le percevoir.



* Il y a autant de "mondes" que de structures nerveuses différentes : le monde du crapaud est différent du monde de la mouche, qui est différent du monde de l'oiseau.

è le terrain apparaît d'une façon conditionnée par nos possibilités de perceptions; celles-ci dépendent de nos structures organiques.

è notre système nerveux fait, à partir des composantes du terrain, une abstraction, en organisant ces composantes, d'où la perception des couleurs, des sons, des formes.



* Illusions perceptives : quand le système nerveux n'est pas capable de saisir des processus. Ex. : le ventilateur qui tourne ressemble à un disque solide.

* Parmi les différents stimuli qui s'offrent à nous, nous opérons un choix et ce choix dépend en partie de nos expériences antérieures. Inconsciemment, nous trouvons dans le terrain, jusqu'à un certain point, ce que, par des expériences antérieures, nous sommes amenés à y chercher.

* "La fleur est rouge" : on attribue à un objet une qualité comme si elle lui était intrinsèque, qualité que la structure nerveuse humaine seule permet de faire intervenir entre cette fleur et cette structure è fausse identification.

è

en langage non-A : "La fleur m'apparaît rouge."



V

* Langage A : "Georges Durand est un égoïste."

* Langage non-A : "Dans telles circonstances et à l'égard de telle personne, G.D. s'est comporté d'une façon qui, selon mes propres standards, me paraît égoïste."

* Langage A : jugement de valeur.

* Langage non-A : tient compte de celui qui parle, de ses préférences, de ses opinions, de ses normes, tient compte du fait qu'il voit une situation sous un jour particulier.

Postulat silencieux : données fournies par la culture au sein de laquelle nous vivons, l'éducation reçue, n'étant pas explicitées verbalement au moment où elles se glissent dans les appréciations portées. Restent demi-conscients, voire inconscients.

"N'oubliez pas que c'est un juif" : image forgée à coup de préjugés, d'antipathies irrationnelles; image conventionnelle du "juif".

è



VI

OBSERVATION DU TERRAIN :

- ses différents éléments,

- l'ordre dans lequel il se présentent,

- les relations qui peuvent les unir,

- la structure qu'ils composent.



* Dans ses observations le savant se penche notamment sur des comportements dont il va s'attacher à déceler la structure.

* Il se demandera ensuite quelles doivent être à leur tour les structures des éléments en présence pour permettre une telle structure de leurs comportements.

* Il fera ensuite des inférences qui lui permettront alors de bâtir des hypothèses.

* Sur la base de ces hypothèses, il dégagera des prévisions relatives aux comportements.

* Il lui faudra alors retourner à l'observation de ces derniers pour examiner si ces prévisions se réalisent et si, par conséquent, son hypothèse est conforme à la structure des faits.

è

Comportements è leur structure è structure des éléments en présence par rapport à la structure de leur comportement è inférences è hypothèses è prévisions relatives aux comportements è observation de ces comportements pour vérification.



* Toute acquisition véritable de connaissance repose sur une étude des relations, une recherche des structures.

* Examen de nous-mêmes et du monde en perpétuel changement : incessant processus dynamique, modifications constantes.

* Parfois certains changements sont trop petits par rapport à nos possibilités de perception ou s'effectuent trop lentement è nous ignorons ces changements è erreurs dans nos évaluations, nos façons de réagir.



Relation matière-espace-temps :

- l'objet (crayon) a besoin linguistiquement de l'espace sinon ce ne serait pas un crayon mais un point mathématique, une fiction.

- il a aussi besoin verbalement du temps, sinon il n'y aurait pas de crayon mais un éclair.

è

quand nous utilisons le terme "matière" en pensant à quelque chose, cette chose implique aussi l'espace et le temps.



VII

Différentiel structurel, modèle de Korzybski.

Schéma extrait de "Science and Sanity", p.388

Voir également le PDF sur le différentiel structurel et les étapes de la démarche scientifique, réalisé à partir des schémas de Steve Stockdale



Le plan en haut représente le niveau des événements, le disque, le niveau des objets, et le rectangle, le niveau des mots.

* Lignes reliant entre elles les caractéristiques

- du plan : événement

- du disque : objet

- du rectangle : mot

ou des deux premiers niveaux :

caractéristiques dont il a été tenu compte dans l'élaboration que notre système nerveux a fait des matériaux qui lui ont été proposés.

* Lignes qui n'aboutissent nulle part : caractéristiques laissées de côté.

è

* Tenir compte de certaines caractéristiques et en laisser d'autres de côté c'est faire une ABSTRACTION.

* Le différentiel structurel apprend à distinguer les niveaux d'abstraction.



Sur le dessin :

- le niveau des événements : échappe à toute prise directe.

- le niveau de l'objet : nous avons prise sur lui mais en lui-même il demeure inexprimable.

- le niveau verbal : nous nous servons du mot pour désigner l'objet.

è

* l'objet n'est pas l'événement

* le mot n'est pas l'objet

* l'objet est désigné verbalement par tel mot.

è

a) UNE CARTE N'EST PAS LE TERRITOIRE :

Les mots dont nous nous servons pour désigner les objets et par la suite les qualifier, les classer, les juger, ne sont pas sur le même niveau que ces objets eux-mêmes.



b) UNE CARTE NE REPRESENTE PAS TOUT LE TERRITOIRE :

Chaque niveau est une abstraction à partir du précédent; il y aura toujours des caractéristiques qui seront laissées de côté.

* Lorsque nous avons bien assimilé la notion que le mot n'est pas l'objet, nous prenons l'habitude de ne voir en lui qu'un symbole représentant cet objet.

* Tandis que si nous identifions le mot à l'objet, nous avons tendance à réagir au mot comme à un signal avant de nous préoccuper, voire sans nous préoccuper du tout, de savoir ce qu'est en fait l'objet que le mot désigne.

* Réactions aux mots plutôt qu'aux objets ou aux événements : utilisation dans la propagande politique et commerciale.

* La réaction au mot comme à un signal et non comme à un symbole vient en grande partie de la puissance d'évocation du mot. Celle-ci est liée à des facteurs principalement psychiques : elle découle des émotions qui se sont associées aux mots au cours de notre développement intellectuel et psychique.

* Les mots de la langue maternelle sont appris à l'occasion de situations qui leur fournissent un contexte psychologique.

è

Un mot entraîne en nous une réaction à un contexte qui n'existe plus mais que nous projetons sur le nouveau contexte offert par la situation présente : désorientation spatio-temporelle.

è

Considérer ce qui se passe ICI ET MAINTENANT.



* Une utilisation trop large du verbe "être" entraîne de fausses identifications, une confusion entre les différents niveaux d'abstraction.

4 utilisations :

1) "est" d'existence : je suis : être = exister, se trouver

2) être = auxiliaire : c'est fait.

3) "est" d'identité : "l'homme est un animal", "Georges est un ouvrier" :

être = identifier de manière erronée des niveaux d'abstraction différents, en reliant 2 noms qui sont mis sur le même niveau peu de différence entre le niveau non verbal et le niveau verbal: langage A.

è être en langage non-A = pouvoir être désigné, appelé, classé comme.

4) "est" d'attribution : la rose est rouge : être = met en relation un nom et un ou plusieurs adjectifs, implique que les caractéristiques désignées par les adjectifs existent dans la chose ou la personne représentée par le nom : langage A.

è être en langage non-A : telle personne (chose) m'apparaît comme, nous jugeons telle chose de telle façon.

Utilisations 3 et 4 : concentration excessive sur une ou un petit nombre de caractéristiques, leur donnent une importance exagérée; on prend alors la partie pour l'ensemble ou on voit l'ensemble à travers un objet partiel.

* Le schéma du différentiel structurel montre l'ordre naturel d'abstraction qu'il faut suivre pour penser et s'exprimer correctement :



1) l'événement



niveaux non verbaux

2) l'objet

3) le mot


niveau verbal



* Le premier niveau d'abstraction de l'événement à l'objet est le seul accessible à l'animal qui pense par images : il n'a pas accès aux niveaux d'abstraction supérieurs è il ne peut construire de culture, de civilisation.

è différence de structure entre l'élaboration que peut faire l'animal et celle que peut faire l'homme, d'où le nom du modèle de Korzybski : différentiel structurel.



* Le modèle du différentiel structurel :

- présente la structure de la sémantique générale,

- tout en différentiant ses substructures : différents niveaux ou ordres d'abstraction qui la constituent,

- en assignant à ceux-ci des valeurs relatives selon l'importance qu'ils ont pour nous.



* Acquisition de la conscience d'abstraire :

Etre conscient du fait que l'on opère une abstraction, c'est ne pas perdre de vue que l'on ne tient compte que d'une partie seulement des caractéristiques, celles que nous percevons plus aisément que d'autres, qui nous frappent particulièrement, qui sont sélectionnées en fonction de nos expériences ou connaissances antérieures, de nos goûts, de notre sensibilité, de nos préférences, de nos intérêts, etc.,

et que l'on en laisse d'autres de côté, qui sont souvent des particularités propres à l'individualité de l'objet et qui, dans certains cas, peuvent avoir à jouer un rôle que nous n'avions pas soupçonné tout d'abord.



VIII

Dans le différentiel structurel :

- plan parabolique : monde d'événements,

- disque : monde d'événements-significations ou monde des objets.

2 niveaux "non verbaux", "silencieux", "objectifs".

- niveaux verbaux : niveaux d'abstraction supérieurs cherchant à rendre compte, plus ou moins adéquatement, des niveaux non-verbaux; ils utilisent des représentations statiques pour rendre compte d'une réalité dynamique;



* Au niveau de l'objet, la perception est une expérience inexprimable.

* Parler, c'est toujours interpréter le monde. Mais le contact vivant avec celui-ci reste en deçà du domaine verbal.

* Nécessité d'un entraînement à chercher une plus grande richesse de contact avec le perçu, le vécu, laisser à la sensibilité le temps de jouer pleinement avant de chercher à exprimer quoi que ce soit.

* Nous voyons davantage des images évoquées par les mots que le donné vécu lui-même, nous ne savons ni vraiment regarder, ni vraiment entendre

è exercice : regarder un objet en s'efforçant de bien le voir, sans rien dire à son sujet.



Un tel entraînement :

- augmente les possibilités d'inspiration créatrice, inspiration ensuite interprétée et exprimée par le langage ou autre forme artistique.

- entraîne une pratique du silence è enrichit l'expérience intérieure.

- aide à établir une distance entre l'objet et le ou les mots qui servent à le désigner è évite de passer trop vite des niveaux non verbaux aux niveaux verbaux et de coller sur l'objet une étiquette plus ou moins satisfaisante.



ATTITUDE DE REACTION DIFFEREE :

attitude d'investigation, d'expectative précédant notre réaction , notre réponse.

Elle sert à attendre :

- d'avoir saisi le sens de ce qui est perçu avant de le formuler verbalement.

- d'être mieux renseigné sur ce qu'elle recouvre avant d'accepter une formulation verbale : voyons ce dont il s'agit.

Elle est nécessaire :

- pour une évaluation correcte,

- pour une action efficace et adaptée,

- pour notre santé psycho-somatique.

Elle évite de considérer le mot comme un signal, permet de le voir comme un symbole

è elle aide à dissocier l'objet et le mot qui le symbolise des associations et évocations liées au mot.

èelle met à l'abri de mauvaises réactions sémantiques.



REACTION SEMANTIQUE : réaction à la signification d'un terme que provoque son emploi. Elle affecte l'organisme au niveau des cellules électro-colloïdales des tissus vivants è répercussions sur l'ensemble de l'organisme psycho-somatique pouvant entraîner certaines maladies.

L'intensité ou la nature de la puissance d'évocation des mots varie d'une personne à l'autre. Elle est :

- liée à l'expérience de chacun,

- influencée par des postulats silencieux.

è un mot a rarement la même signification pour deux personnes différentes.

è le langage permet rarement d'éveiller en autrui des résonances non verbales correspondant à ce que nous éprouvons nous-mêmes sur nos propres niveaux non verbaux.

Exercice : Comment rendre compte d'une expérience gustative, d'une émotion esthétique.

 

IX

OBSERVATION DE L'OBJET :

"Les faits" : le donné vécu, l'observé, est un produit commun d'une réalité insaisissable et des structures nerveuses de l'observateur.

* Le "fait" inébranlable est un mythe; nous ne pouvons pas fournir une description qui ne porte pas notre marque personnelle.

* Dans de nombreuses expériences de laboratoire, on tient compte du "coefficient personnel de l'expérimentateur."

* Dans la vie courante un même fait peut être perçu et décrit de façon différente d'une personne à l'autre.

è

Dans la perspective non-A, on tient compte des distances qui existent :

- entre ce qui constitue l'objet et le résultat que nous en percevons,

- entre "ce qui se passe" et "ce qui nous apparaît",

- entre "ce qui nous apparaît" et "ce qui apparaît à quelqu'un d'autre".

Nécessité d'une méthode qui aide à observer correctement les objets, car de cette observation correcte va dépendre ce que nous pourrons découvrir de leur structure et de leur comportement.



Adopter une ORIENTATION EXTENSIONNELLE :

au lieu de partir de la propriété commune ou du petit groupe de propriétés communes à l'aide desquelles nous tentons de classer et de définir les objets, nous allons nous souvenir que chaque objet est unique en son genre et va présenter des caractéristiques qui la différencieront de tous les autres.

* La démarche qui nous incite à noter d'abord les ressemblances entraîne souvent des mélanges et des confusions : généralisations abusives et surgénéralisations : "les jeunes", "les femmes", "les politiciens", etc., considérés en bloc.

* La relation qui s'établit entre l'objet et nous nous amène à attribuer à celui-ci certaines caractéristiques.

Si notre attitude (orientation) n'est pas extensionnelle :

- certaines caractéristiques correspondent à la structure de "ce qui se passe" au niveau de l'objet,

- certaines caractéristiques n'y correspondent pas, lui sont faussement attribuées en partant de définitions préalables,

- la relation pouvait nous permettre d'apercevoir certains aspects de la structure qui nous auraient amenés à noter d'autres caractéristiques que notre orientation défectueuse nous a fait manquer.



ORIENTATION EXTENSIONNELLE :

1) Apprendre à rechercher :

- les traits qui paraissent similaires en des objets différents,

- les traits qui paraissent différents en des objets classés comme similaires.



  1. Se demander, en présence d'une expérience nouvelle qui nous rappelle des expériences antérieures, devant un objet nouveau qui semble appartenir à un groupe d'objets connus, s'il y a des différences qui ont de l'importance.

  1. Indexer les objets appartenant à un même groupe : l'employeur 1 =/= l'employeur 2 =/= employeur 3.

4) Prendre garde à ne pas confondre la partie avec l'ensemble et ne pas juger l'ensemble d'après la partie :

exemple : on n'extrapolera pas le comportement d'une personne dans des circonstances particulières pour porter un jugement définitif sur cette personne.

- laisser toujours la porte ouverte à une expérience différente, à une information nouvelle.

- ne pas attendre systématiquement telle conduite de telle personne ou tel déroulement dans telle situation.

- une attitude détendue, une vigilance calme et impartiale aident à aborder toute situation nouvelle de manière correcte et à s'y adapter tout en ménageant le système nerveux.



5) Noter que certaines caractéristiques existent en plus de celles que nous retenons è emploi de "etc."

- dans la description d'un objet, pour souligner que certaines caractéristiques ont été laissées de côté,

- dans la description d'un groupe d'objets : les objets existants sont plus nombreux que ceux dont il a été tenu compte.

- chaque fois que notre énoncé ne peut prétendre à rendre compte que d'une partie des faits, des données.

"etc." est un rappel du processus d'abstraction.



6) Utiliser l'index indiquant la date et le lieu :

- l'objet change, son contexte spatio-temporel se modifie aussi.

- les index de dates et de lieux contribuent à nous rendre plus ouverts à tout ce qui peut se présenter comme caractéristiques nouvelles, inhabituelles, non encore expérimentées.

- ils nous aident à nous prémunir contre la désadaptation spatio-temporelle.



7) Se souvenir qu'une même désignation verbale peut recouvrir, durant une période de temps assez longue, un objet qui se modifie cependant au cours de cette période

è éviter toute identification superficielle entre cette désignation "statique" et l'objet doué de propriétés dynamiques temporellement orientées.



8) Faire usage d'un nombre illimité de valeurs susceptibles d'être attribuées à un nombre illimité de faits au lieu de vouloir n'attribuer à ces derniers qu'un petit nombre de valeurs : quand nous pouvons assigner à chaque fait la valeur qui lui correspond exactement et de façon propre et non une valeur choisie dans un échantillonnage restreint, insuffisant, notre orientation est similaire structurellement au monde empiriquement perçu.



9) Abordant l'expérience et tentant de rendre compte de ce qu'on perçoit, on doit s'appliquer, comme l'homme de science, à penser et à parler en termes de degrés, de nuances, plutôt qu'en termes de contrastes (vrai-faux, bon-mauvais, etc.)

2 notations ont pour but de signaler l'attitude non-élémentaliste :



a) Mettre entre guillemets les désignations telles que "espace", "temps", "corps", etc. :

- ce ne sont pas des réalités isolées,

- ce ne sont pas des éléments que l'on peut séparer de l'ensemble formé par le jeu des relations,

- la désignation qui les isole artificiellement ne recouvre qu'une fiction

* si l'on emploie des termes élémentalistes, ne jamais tirer une conclusion de ceux-ci, car elle contiendrait la structure de la métaphysique qui entoure le terme.

* les utiliser si nécessaire, mais tirer les conclusions du fait-processus pour qu'elles aient une valeur quelconque.



b) Utiliser le trait d'union pour indiquer que les facteurs parfois artificiellement séparés sont en fait entre eux en étroite relation pour représenter les nouvelles implications structurelles. Exemple : spatio-temporel, psycho-somatique.



NOUS AVONS A ABORDER DES SITUATIONS GLOBALES ET NOUS LE FAISONS AVEC LA TOTALITE DE NOTRE INDIVIDU.



X

Jusqu'à présent, dans le dessin du différentiel structurel (celui tiré de Science and Sanity) une seule étiquette : le mot : désignation, stade élémentaire de la description.

Nous pouvons en ajouter d'autres (sur le PDF sur le différentiel structurel réalisé à partir des schémas de Steve Stockdale

- ce que, à partir de l'observation, on peut inférer, déduire.

- les jugements, les conclusions,

- les théories.



A partir de chaque niveau d'observation (étiquette), on peut formuler un niveau d'abstraction supérieur, en retenant quelques unes des caractéristiques du niveau précédent.



Le choix peut dépendre :

- de considérations rationnelles (domaine scientifique par exemple)

- de préférences avouées ou secrètes, de préjugés ou d'idées toutes faites,

- d'expériences précédentes,

- de postulats silencieux,

- etc...



Quand on passe d'un niveau d'abstraction donné à un ordre d'abstraction plus élevé, les éléments abandonnés sur le premier niveau peuvent l'être parce qu'au niveau plus élevé un ou plusieurs nouveaux éléments sont introduits.

Le choix des éléments ainsi traités étant souvent une question de préférences, il invite toujours à la critique.

Puisque chaque niveau d'abstraction n'est atteint qu'en laissant de côté une partie des caractéristiques du niveau précédent, nos jugements, inférences, évaluations, théories, etc., ne peuvent jamais rendre compte de tout ce qui se passe. Une théorie scientifique nouvelle vise souvent à tenir compte des caractéristiques que les précédentes avaient laissées de côté et dont l'importance est apparue depuis lors.

Nos observations et les jugements qu'elles nous amènent à porter, les déductions que nous en tirons, etc., ne rendent jamais compte de tous les éléments en nombre indéfini qui constituent une situation.



Ordre naturel d'abstraction :(Voir le PDF sur les étapes de la démarche scientifique, réalisé à partir des schémas de Steve Stockdale )

* prise de conscience, reconnaissance perceptive d'un objet, d'un fait ou d'un phénomène, eux-mêmes abstractions d'événements,

* désignation verbale de cet objet ou fait,

* sa description,

* sa classification s'il y a lieu,

* les inférences ou les déductions,

* les jugements,

* les théories, hypothèses, etc.



La dernière étiquette portée sur le diagramme n'est que la dernière étiquette que, par commodité, l'on choisit de dessiner. Dans la réalité, il n'y a jamais de dernière étiquette, on peut toujours passer à un niveau d'abstraction supérieur.

Le nombre de niveaux effectivement utilisés dépend des cas: ce qui importe, c'est de savoir se servir de cette sorte d'échelle, de la descendre ou de la remonter correctement.

Nous agissons souvent en partant d'une théorie, d'un jugement pré-établi, que nous collons à l'expérience sans nous donner la peine de décrire au préalable cette dernière.

* quand nous réagissons au mot comme à un signal - et non comme à un symbole - nous esquivons le niveau de la description pour sauter d'emblée à celui de l'inférence.

* nous évaluons des abstractions d'ordre élevé comme si elles étaient des abstractions d'ordre inférieur, ex. : des mots, souvenirs, etc., sont traités comme s'ils étaient des objets, des expériences, des sentiments...

* nous confondons des inférences et les termes relatifs aux inférences avec des descriptions et des termes descriptifs, etc.

* nous créons ainsi des blocages sémantiques. è perte de contact avec le donné vécu :

- ce qui se passe ici et maintenant,

- ce que nous éprouvons ici et maintenant :

au lieu de réagir à la situation actuelle, nous réagissons partiellement à ce que nous évoquons d'une situation passée ou à ce que nous imaginons d'une situation future.

Il arrive alors fréquemment de renverser ou de fausser l'ordre naturel d'évaluation : au lieu de vérifier nos abstractions d'ordre supérieur en les confrontant aux niveaux inférieurs, nous manipulons ces derniers pour les faire correspondre aux premiers :

Nous jugeons les faits d'après nos théories et nous oublions de reconsidérer les théories à la lumière des faits è extrapolations illégitimes, surgénéralisations: ex. : "Tu fais des choses semblables..."

Ce n'est qu'au niveau de l'observation - niveau à propos duquel les énoncés sont vérifiables - que l'on peut légitimement employer les termes "vrai" ou "faux".

A tous les niveaux supérieurs nous n'avons plus affaire qu'à des probabilités et nos énoncés sur ces niveaux sont toujours soumis à la critique, à une révision ultérieure à la lumière de nouvelles données.



XI

Deuxième prémisse empirique :

UNE CARTE EST AUTO-REFLEXIVE

LE LANGAGE EST AUTO-REFLEXIF

Exemple des boites de "Vache qui rit": image de l'image :

Pour être complète, une carte devrait représenter une "carte de la carte" ainsi que le cartographe, la carte et le cartographe faisant partie du terrain au moment où la carte est dressée.



Le langage :

- reflète l'utilisateur

- est auto-réflexif : nous utilisons le langage pour parler du langage, nous disons quelque chose pour parler de quelque chose qui a été dit.

è

Il est impossible de concevoir que nous puissions nous prononcer de manière absolument complète, avoir le dernier mot.

La structure de notre langage,


La structure du monde,

apparaissent tels que toute symbolisation, du moins sur les niveaux humains, que ce soit la parole, l'écriture, la carte, des dessins, des nombres, etc., s'avère être potentiellement auto-réflexive de façon indéfinie.

La structure de notre système nerveux




Bertrand Russel (théorie des types mathématiques) :

- nous pouvons parler d'une proposition concernant toutes les propositions,

- nous ne pouvons pas construire de proposition concernant toutes les propositions, puisque, ce faisant, nous donnons naissance à une nouvelle proposition.



XII

NOTION DE MULTIORDINALITE DES TERMES DU VOCABULAIRE :

Beaucoup de termes que nous employons sont multiordinaux : ils n'ont pas de signification générale uniformément valable.

La signification d'un terme multiordinal est déterminée par le niveau d'abstraction auquel on l'emploie : cette signification est déterminée par le contexte.

exemple : oui, non, vrai, faux, fait, réalité, cause, effet, aimer, haïr, etc.

Exemple : dans l'armée, le terme "unité" s'applique à des formations d'importances différentes : une unité fait partie d'une unité plus grande qui, à son tour, fait partie d'une unité encore plus grande.

Termes précis pour désigner chaque unité : peloton, compagnie, bataillon, brigade, etc. La plus petite unité est contenue dans la moyenne et la moyenne, à la fois contient la plus petite et fait partie du contenu de la plus grande.

Ce trait est commun à tous les termes multiordinaux : ils se rapportent à la fois aux contenants et aux contenus. Le problème est de savoir lesquels sont lesquels.



Notion de multiordinalité è problème des questions qui ne peuvent être résolues ou qui n'ont pas de sens : signification générale du "bien", "vrai", "beau", etc. : de tels termes n'ont de sens qu'une fois que le niveau d'abstraction (contexte, conditions à remplir, etc.) est précisé.

Le problème des questions qui n'ont pas de sens ou auxquelles on ne peut donner de réponses, des déclarations qui n'ont pas de sens ou ne peuvent être vérifiées est lié :

- à l'auto-réflexivité des termes que celles-ci impliquent.

- à la multiordinalité

Si nous abandonnons tout effort futile en vue de donner à un terme un sens général, nous nous efforcerons de rendre adéquat le contexte dont le terme reçoit une telle signification particulière qui peut devenir la sienne.

La constatation que le sens d'un mot se modifie entraîne une liberté d'expression et une flexibilité d'interprétation.



Etre pleinement conscient de l'auto-réflexivité et de la multiordinalité aide à acquérir une clarté d'esprit, une exactitude dans ses propos, un sens de tout le processus d'évaluation, qui permettent de parer considérablement aux confusions impliquées dans le souci et la peur, le ressentiment, l'anxiété et d'autres réactions sémantiques handicapantes.

La négligence à l'égard de la multiordinalité s'observe dans la plupart des cas de personnalités mal adaptées.

La plupart des termes que nous utilisons sont à la fois:

- sur-définis par rapport à nos idées préconçues,

- sous-définis par rapport aux faits.

En définissant les mots qui servent à formuler une définition, on arrive au bout d'un certain temps à un résidu : des mots qui ne peuvent être pleinement définis parce qu'ils revêtent certains postulats de base, métaphysiques ou autres.

La question du sémanticien : "Que voulez-vous dire ?" entraîne une investigation poussée qui touche finalement le résidu des termes non définis révélant nos "crédos" structurels non avoués au départ.

Ces crédos, souvent des "postulats silencieux", doivent être changés pour arriver à de meilleures évaluations.

LE MALADE NE MANQUE PAS TOUJOURS DE LOGIQUE, IL BASE SON RAISONNEMENT SUR DE FAUX POSTULATS.



XIII

ETUDE DES RELATIONS ET RECHERCHE DES STRUCTURES :

Cette étude et cette recherche sont à la base de toute acquisition véritable des connaissances.

Les structures, les relations grâce auxquelles elles se construisent, peuvent être de différentes natures ou ordres. Lorsque nous passons d'un ordre d'abstraction donné à un autre plus élevé, nous passons en fait d'une structure de dimension donnée à une structure plus vaste qui la contient et en contient également d'autres.

Un jugement motivé se basera sur plusieurs observations.

Une théorie ou une hypothèse résultera d'une série de jugements.

On passe ainsi d'une généralisation à une généralisation plus large et de celle-ci, à une généralisation plus large encore.



La valeur d'une généralisation dépend :

- des données de base sur lesquelles elle s'appuie,

- de la façon dont ces données ont été réunies, sélectionnées,

- de l'usage qui en a été fait.

Les trois notions mathématiques suivantes entrent en ligne de compte dans la sémantique générale : leur ensemble encadre la recherche de structures de plus en plus vastes et complexes :

- la fonction propositionnelle de Bertrand Russel : fonction qui exprime une relation entre des variables indéterminées, fonction "en attente".

- la fonction doctrinale de Cassius J. Keyser : une série de fonction propositionnelles et reliées entre elles, habituellement appelées postulats, avec toutes les conséquences qui en découlent, usuellement appelées théorèmes.

- le système-fonction : qui comprend un ensemble de fonctions doctrinales reliées entre elles.

L'échafaudage des abstractions et des structures qui y correspondent est, chez l'homme, doté de possibilités illimitées. Il est important de ne pas créer de blocage en s'arrêtant à un des niveaux au lieu de monter ou de descendre librement l'échelle des différents niveaux.

Le maniement correct des niveaux d'abstraction, des relations, des structures, a permis l'épanouissement des sciences exactes. Korzybski : l'une des raisons principales de nos difficultés humaines réside dans le fait que la structure de notre langage courant ne correspond pas à celle des faits comme y correspond la structure du langage mathématique è maniement défectueux, dans la vie courante, de ces niveaux et de ces structures.

La fécondité du maniement correct, ne se bornant plus au seul domaine des sciences exactes, permet d'aligner plus aisément que nous ne l'avons fait jusqu'à présent notre évolution générale sur notre évolution scientifique et technique.



COMMENT SE CONSTRUISENT LES STRUCTURES :

A. Comparaison entre des observations et des élaborations faites par un sémanticien et un non-sémanticien.

1) Le sémanticien :

- observe correctement,

- rend compte de son observation d'une manière impersonnelle, sans parti pris.

* Les événements observés apparaissent comme :=+::; un nouvel élément survient //

A ce niveau de l'observation, rien ne peut être dit è nous utilisons des symboles arbitraires et non des mots.

* L'observateur donne ensuite une description de ces événements a, b, c, d...x

* Puis il infère de ces descriptions ce qu'il estime devoir ou pouvoir inférer.

* Il aboutit à une conclusion ou forme un jugement A à propos de ces faits.

* Si la conclusion est correcte, l'action qui s'en suivra, A', sera adaptée à la situation.



2) Le non-sémanticien :

* Ignore tout des structures, des ordres d'abstraction, de la conscience d'abstraire et des réactions sémantiques; il confond habituellement ses ordres d'abstraction, identifie ceux-ci, utilise le langage de l'inférence pour ses descriptions, etc.

* Il observe les mêmes éléments :=+::, plus l'événement //

* Il décrit ces événements comme a, b, c, d.

* A partir de ces descriptions, il forme un jugement et/ou parvient à une conclusion B, c'est-à-dire qu'il passe à un autre ordre d'abstraction.

* Lorsque le nouvel événement // apparaît, il l'aborde avec son opinion déjà formée, B.

* Sa description des faits apparaît comme a, b, c, d... B(x) = y. Ce nouveau jugement, C : erreur sémantique.



Les événements de base sont les mêmes. Une identification inconsciente des différents niveaux d'abstraction entraîne une conclusion différente de celle de l'observateur idéal.

En confondant les niveaux d'abstraction :

- on attache à des situations nouvelles des étiquettes qui ne leur conviennent pas,

- on les explique faussement,

- on leur fait face de manière inadaptée.



B. Examen du comportement d'un sémanticien et d'un non-sémanticien :

1) Le sémanticien :

a) Aborde chaque expérience avec un esprit ouvert et prudent.

Diffère sa réaction et prend son temps pour examiner ce qui se passe.

Sait que chaque expérience est un événement nouveau.

Sait que, quelque soit le soin qu'il prenne à l'examiner, certains aspects, certaines caractéristiques de cette expérience lui échapperont.

N'oublie pas le rôle de son coefficient personnel.

Se souvient que chaque expérience met en jeu la totalité de son organisme psycho-somatique.



b) Communication verbale :

Sait écouter : s'efforce de saisir de son mieux le sens que son interlocuteur s'efforce de donner à ses paroles.

Evite de réagir aux mots comme à des signaux, se souvient qu'ils ne sont que des symboles.

Avant de prendre position, d'acquiescer ou de contredire, il cherche à en savoir davantage sur la qualité, par rapport au terrain, de la cause qui lui est présentée.

Pose la question :"Que voulez-vous dire?" chaque fois qu'elle lui paraît nécessaire.



c) Description de l'expérience :

Essaie de le faire avec une honnêteté comparable à l'homme de science.

Ne veut ignorer aucune des données qu'il peut apercevoir et évite de les décrire de façon déformante ou tendancieuse.

Sachant :

* que les informations ne sont jamais absolument complètes,

* qu'il est possible de voir les choses différemment, il fait précéder ses comptes-rendus de "Pour autant que je sache".

Reconnaît que c'est à lui que les données apparaissent sous tel ou tel jour.



d) Classification :

- elle est nécessaire :

* à l'élaboration d'une vue structurelle du monde,

* à un maniement économique des connaissances.

- elle permet des gains de temps et d'effort,

- elle facilite la communication entre les hommes de ces connaissances.



En classant, le sémanticien :

- procède de façon à ne pas escamoter les différences au profit des traits communs.

* le terme employé marque les traits communs,

* l'usage de l'index rappelle les différences,

* l'index, les chaînes d'index, permettent de noter les différences spatio-temporelles.

* le "etc." n'est pas oublié.



- Apprécie les données en termes de degrés, de nuances.

- L'expression "jusqu'à un certain point" revient souvent.

- Lorsqu'il classe, mesure, évalue, il tient compte du fait qu'il utilise souvent des standards établis conventionnellement donc souvent arbitrairement.

- Les formulations basées sur ces standards lui apparaissent commodes; il se garde de les identifier :

* au donné vécu,

* à l'observation directe de celui-ci.



- Etudiant les éléments du donné vécu et recherchant les relations qui les unissent, le sémanticien tient compte :

* du principe de non-additivité :

1 + 1 ne font 2 qu'en arithmétique,

1 litre d'eau + 1 litre d'alcool < 2 litres.

2 personnes ensemble, une autre arrive, la situation est changée.



e) Jugements :

Il est attentif aux influences :

- du souvenir d'événements vécus précédemment qui l'ont sensibilisé,

- des normes de la culture au sein de laquelle il se trouve; il peut choisir de les respecter ou de les mettre en question.

- de ses connaissances ou ignorances,

- des limites de sa perception, observations, informations,

- des réactions affectives qui ne s'adressent pas tant à l'événement lui-même qu'aux associations d'idées qu'il entraîne par son apparition,

- de ses préférences affectives, esthétiques, éthiques, métaphysiques, sa "philosophie" personnelle, ses intérêts...

- de ses postulats silencieux et de ses motivations.



Dans la formulation de ses jugements, le niveau auquel il se situe ne permet que des probabilités.

Il évite de trancher sur la base :

* de catégories opposées,

* d'un petit nombre de valeurs.



f) Théories :

Il les bâtit à partir des jugements, inférences, déductions.

Une fois la théorie édifiée,

* il en fait la critique,

* la confronte aux faits,

* recherche les caractéristiques laissées de côté,

* la met à l'épreuve de l'expérience.



En résumé, le sémanticien observe :

- une attitude non-élémentaliste,

- une orientation extensionnelle,

- une conscience d'abstraire.

Toute analyse est une déstructuration,

toute synthèse est une restructuration.



2) Le non-sémanticien :

a) Ne guide pas son existence d'après les faits; il se laisse conduire par sa mythologie :

- image idéale de lui-même,

- " " de son entourage,

- " " de son rôle ou de son action,

- des idées et des notions étant le produit de processus d'abstraction incorrects dus soit à lui-même soit à la société dans laquelle il vit.



b) Quand il ignore un fait, il tente d'en orienter l'interprétation pour éviter ou réduire le conflit pouvant surgir entre sa conscience et ce fait s'il le juge défavorable à sa sécurité psychologique, sa vanité, ses intérêts, ses idées préconçues, ses préférences affectives, etc.

S'il le juge défavorable à ces mêmes éléments, l'interprétation sera tendancieuse en sens inverse.



c) Il subit l'influence des facteurs qui, dans notre culture, permettent et encouragent la paresse intellectuelle :

- idées toutes faites,

- affirmations remplaçant les démonstrations,

- appel à la suggestion des individus plutôt qu'à leur raison,

- recours aux "autorités" diverses.



De nombreux intérêts se liguent pour empêcher la création de conditions favorables à l'éclosion d'une pensée lucide et indépendante chez le plus grand nombre d'individus. On a su donner les apparences d'une voie confortable et sûre à l'ornière du conformisme et de la docilité. Certains éprouvent un sentiment d'angoisse et de culpabilité s'ils ne la suivent pas.



d) Peu d'examen et de réflexion personnelle :

- il préfère les schémas pré-établis,

- il base sa conduite et ses opinions sur ce qui se dit, pas sur ce qui se passe.



e) Dans une discussion, il écoute peu :

- il prépare sa réponse et cherche les moyens de contredire,

- il défigure les paroles, se méprend sur leur sens, prête aux autres des propos et des intentions qui ne sont pas les leurs,

- il réagit aux mots comme à des signaux, se laisse mener par eux,

- il n'a pas de réaction différée, veut montrer qu'il réagit rapidement et prend des décisions immédiatement,

- il a une opinion sur tout, juge l'ensemble d'après la partie, sélectionne et surgénéralise arbitrairement,

- ses préjugés, préférences affectives, ses motivations déforment les niveaux où il se place (jugements, déductions, options, etc.) et les lui font mélanger.

- il ne s'avoue et n'avoue pas les éléments d'ordre affectif.

- il a souvent une opinion faite une fois pour toutes, ne tient pas compte des changements, des évolutions.

- il admet peu la critique,

- il aime à trancher, raisonne par oppositions,

- il voit, dans une opinion différente de la sienne, une opinion fausse.



f) Il ne bâtit pas une théorie d'après les faits mais d'après les préjugés ou préférences affectives.



Conclusion

Principes de la sémantique générale :

- relation entre l'observateur et l'observé,

- non-identification,

- notion d'un univers spatio-temporel soumis à des changements incessants et qui ne peut être appréhendé que :

* en cherchant ses structures,

* en se plaçant dans une perspective de probabilité et d'incertitude,

- distinction entre les niveaux verbaux et les niveaux non-verbaux,

- silences aux niveaux objectifs et réaction différée,

- conscience d'abstraire,

- non-élémentalisme,

- orientation extensionnelle,

- auto-réflexivité,

- multiordinalité des termes du vocabulaire.



La sémantique générale voit l'homme dans sa totalité. Elle permet de "mettre de l'ordre" afin de diminuer la confusion intérieure.

Le cerveau s'est formé au cours d'une longue évolution. De ce point de vue évolutif, toutes les parties du cerveau n'ont pas le même âge : les régions du thalamus sont plus anciennes que celles du cortex.

- c'est par le thalamus que nous expérimentons directement le donné vécu, qu'il nous émeut et que certaines réactions se forment en nous.

- le cortex est, entre autres, le siège du langage, l'outil de la réflexion, etc.



Lorsque nous réagissons à des symboles comme à des signaux, nous ne donnons pas le temps aux influx nerveux d'aller jusqu'au cortex, nous ne laissons pas ce dernier intervenir dans le choix de la réponse : il est "court-circuité". Par la réaction différée, nous donnons le temps au cortex d'intervenir, nous accroissons le rôle du cortex sur nos comportements.



La distinction des niveaux d'abstraction nous aide à faire face à certaines émotions : nous pouvons nous trouver dans une situation qui, effectivement, nous menace et provoque en nous la peur. Cette peur découlant d'une expérience vécue à l'instant même est une peur primaire : elle excite des glandes qui produiront des substances chimiques nous permettant de réagir par l'une des deux conduites de survie : la lutte ou la fuite.



Nous pouvons ressentir une peur secondaire qui est une "peur de la peur" (peur de la souffrance, de l'inconfort, etc.). Si nous parvenons à surmonter la peur secondaire, nous changeons la situation en ramenant le danger, l'inconfort, etc., à ses véritables dimensions.

La distinction entre sentiments et émotions primaires et secondaires nous aide à ordonner et à structurer nos attitudes psychologiques.



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