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SCIENCE AND SANITY Alfred KORZYBSKI Traduction: Isabelle AUBERT-BAUDRON Translated with the permission of the Alfred Korzybski Literary Estate
CHAPITRE III INTRODUCTION Et en ce qui concerne la structure réelle, fondamentale, biologique de notre société et en dépit d'une croissance formidable de sa taille et de tout le rafistolage auquel on l'a soumise, nous sommes encore à peu près au même stade infantile. Mais si les fourmis ne sont pas découragées de n'avoir produit aucune nouvelle invention ou convention sociale en 65 millions d'années, pourquoi le serions-nous si certaines de nos institutions et de nos castes n'ont pas été capables de développer une seule nouvelle idée pendant les cinquante derniers siècles ? (553) WILLIAM MORTON WHEELER Les anciens qui désiraient mettre en valeur une vertu illustre à travers l'empire ont commencé par ordonner correctement leur propre État. Souhaitant ordonner correctement leur propre état, ils ont commencé par mettre de l'ordre dans leur famille. Souhaitant mettre de l'ordre dans leur famille, ils ont commencé à cultiver leur propre personne. Souhaitant cultiver leur propre personne, ils ont commencé par rectifier leur cœur. Souhaitant rectifier leur cœur, ils ont commencé par chercher la sincérité dans leurs pensées. Souhaitant être sincères dans leurs pensées, ils ont étendu leur savoir au suprême degré; et cette extension du savoir a résidé dans l'examen des choses. Les choses ayant été examinées, le savoir est devenu complet. Leur savoir étant complet, leurs pensées ont été sincères. Leurs pensées étant sincères, leur cœur a été rectifié. Leur cœur étant rectifié, ils ont cultivé leur personne. Leur personne ayant été cultivée, leur famille fut harmonisée. Leur famille étant harmonisée, leur État fut correctement gouverné. Leur État étant correctement gouverné, tout leur empire se tranquillisa et se pacifia. De l'empereur jusqu'à la masse du peuple, tous doivent considérer la culture de la personne comme étant la racine de toutes choses. CONFUCIUS Mon service au front pendant la Guerre Mondiale 1 et une connaissance approfondie des conditions de vie en Europe et aux États Unis d'Amérique m'ont convaincu de la nécessité d'une révision scientifique de toutes les notions que nous avons sur nous-mêmes. L'examen a révélé qu'en ce qui concerne toutes les disciplines traitant des affaires humaines, celles-ci ne reposent pas sur une définition de l'homme, ou bien si elles en ont une, cette définition est formulée dans des langages métaphysiques, élémentalistes, de type sujet-attribut, qui sont dépourvus de scientificité et se révèlent en fin de compte nuisibles du point de vue sémantique. Comme nous ne disposons actuellement d'aucune science générale de l'homme embrassant toutes ses fonctions, y compris le langage, les mathématiques, la science et les maladies "mentales", j'ai cru utile de donner naissance à une telle science. J'ai entrepris cette tâche avec mon livre "Manhood of Humanity", et je l'ai poursuivie dans le présent volume. Le choix d'un nom pour une telle science est délicat. Le seul nom véritablement approprié, "Anthropologie", est déjà utilisé pour représenter une discipline fondamentale d'une grande validité, sans laquelle même la psychiatrie moderne serait inexistante. Ce terme est à présent employé dans un sens restreint pour désigner l'histoire naturelle animalière de l'homme, en négligeant le fait que l'histoire naturelle de l'homme doit inclure des facteurs qui n'existent pas dans le monde animal, mais qui sont ses fonctions naturelles, telles que le langage et la structure de celui-ci, l'élaboration de ses institutions, de ses lois, de ses doctrines, de la science, des mathématiques, qui conditionnent son environnement, ses réactions sémantiques., qui, à leur tout, influencent et déterminent son développement. Nous voyons que l'"histoire naturelle" des animaux est très différente, en raison de sa structure, d'une future "histoire naturelle" scientifique de l'homme, cette différence structurelle étant très rarement perçue dans sa globalité. Je propose, donc, d'appeler la très précieuse Anthropologie existante Anthropologie Restreinte, et d'appeler ma science généralisée de l'homme Anthropologie Générale, de manière à inclure toutes ses fonctions naturelles, dont celles qui constituent l'Anthropologie Restreinte représenteraient un sous-ensemble. Une telle Anthropologie Générale ainsi définie serait très différente de celle, restreinte, que l'on connaît déjà. Elle inclurait toutes les disciplines d'intérêt humain sous les angles spécifiques de l'anthropologie et de la sémantique Très souvent une discipline anthropologique - par exemple la psycho-logique anthropologique, la sociologie anthropologique, le droit, l'histoire, ou la "philosophie" anthropologique - se révèlerait comme une discipline comparative. Celles-ci devraient nécessairement employer un langage de structure quadri-dimensionnelle, ce qui nécessiterait, comme préliminaire, une révision fondamentale de la structure du langage qu'elles utilisent. Ce facteur sémantique a jusqu'ici été complètement négligé. Il faut admettre ouvertement que la présente investigation a fourni des résultats étonnants tout à fait inattendus. Dans mon "Manhood of Humanity", j'ai défini fonctionnellement l'homme comme doté de la capacité de lier le temps, définition reposant sur une observation fonctionnelle non-élémentaliste, selon laquelle l'espèce humaine diffère des animaux en cela que, globalement, chaque génération humaine, au moins potentiellement, peut commencer là où la précédente s'est arrêtée . Cette définition, dans le langage de cette structure spécifique, est concise, et correspond aux faits empiriques. Nous devrions noter, également, que dans le cas de tribus primitives qui n'ont apparemment pas progressé d'un iota pendant des milliers d'années, nous découvrons toujours, parmi d'autres raisons, des doctrines ou des croyances qui proclament avec beaucoup d'efficacité, souvent au prix de la vie des individus (qui sont toujours responsables du progrès en général), que tout progrès ou toute rupture avec des habitudes vénérables ou des préjugés est un "péché mortel" ou quelque chose de ce genre. Même en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas libérés de telles propensions sémantiques. Hier encore, historiquement parlant, la "sainte inquisition" condamnait des scientifiques au bûcher, ou les réduisait au silence. La découverte du microscope ou du télescope, par exemple, a été longtemps retardée car l'inventeur, de peur des persécutions des prêtres, appréhendait de rédiger ses découvertes scientifiques en langage clair. Il n'y a que quelques années qu'on a découvert qu'il les écrivait en textes codés. Les malades peuvent aisément comprendre ce que notre science en général, et la science médicale en particulier, pourrait être aujourd'hui sans le zèle sacré des ennemis puissants de la science qui ont, avec une véhémence impitoyable, sponsorisé l'ignorance, les anciennes réactions sémantiques, et en conséquence, la maladie. Dans certains pays, encore aujourd'hui, la science est persécutée, et l'on tente d'affamer des scientifiques, une invention souvent tout aussi efficace que de les brûler sur le bûcher, et dont le procès de Tenessee et d'autres sont des illustrations. Mais en dépit de toutes ces tendances primitives sémantiques, qui sont malheureusement souvent très efficaces, la capacité générale de l'homme à lier le temps demeure inaltérée, bien que son taux soit ralenti par l'ignorance de ceux qui contrôlent nos symboles - les mots, l'argent, . La faillite dans la compréhension de ces problèmes repose fondamentalement sur le fait que, jusqu'à maintenant, nous ne disposions d'aucune définition scientifique fonctionnelle non élémentaliste de l'homme; nous n'avons pas non plus entrepris d'investigation scientifique sur la "nature humaine" en tant que telle, ce qui est impossible si nous négligeons les réactions sémantiques. Nous devrions nous souvenir qu'à cette époque de la commercialisation, nous gratifions de revenus importants ceux qui prêchent avec un zèle effréné combien la nature humaine est "mauvaise", et qui nous décrivent toutes sortes de catastrophes menaçant les individus qui se passent de leurs services. A la lumière d'une investigation moderne, les questions qui précèdent se posent avec une acuité particulière. Ou bien ces apôtres sont conscients que ce qu'il promettent n'a qu'une valeur illusoire, et ils souhaitent conserver leurs revenus, ou bien ils vivent dans des mondes illusoires, et une humanité censée devrait s'en préoccuper sérieusement. Dans un cas comme dans l'autre, ils ne sont pas dignes de confiance et sont inaptes à assumer plus longtemps la charge du développement futur de la culture et de l'avenir de l'humanité. Tôt ou tard, nous devrons nous confronter véritablement à cette situation, en raison du nombre de facteurs en jeu dans le domaine de la santé humaine. Mon livre "Manhood of Humanity" montre comment les canons de ce que nous appelons "civilisation" ou "civilisations" sont basés sur des généralisations animalières tirées des faits manifestes de la vie des vaches, des chevaux, des chiens, des cochons., et qui sont appliqués à l'homme. Bien entendu, de telles généralisations résultent de données insuffisantes. Les généralisations étaient nécessairement primitives, superficielles; et quand elles étaient appliquées pratiquement, elles engendraient inéluctablement des effondrement périodiques. Aucun pont ne tiendrait debout ou ne pourrait même être construit, si nous tentions d'appliquer les règles des surfaces aux volumes. Les règles ou généralisations diffèrent dans les deux cas, si bien que les résultats d'une telle confusion sémantique sont obligatoirement désastreux pour nous tous. La recherche présente a commencé avec l'investigation de la différence spécifique entre l'animal et l'homme; à savoir le mécanisme du lien temporel. Cette analyse, en raison de la structure différente du langage utilisé, devait être menée en toute indépendance et sur de nouvelles bases. Les résultats sont, dans beaucoup de cas, nouveaux et inattendus, y compris pour moi-même, et ils démontrent immanquablement que, dans une large mesure, la quasi totalité d'entre nous copions, encore de nos jours, les animaux dans nos processus nerveux. Une investigation plus poussée montre que de telles réactions nerveuses chez l'homme conduisent à des états pathologiques d'infantilisme général, un comportement public et privé infantile, des institutions infantiles, des "civilisations" infantiles fondées sur des conflits, des luttes, des compétitions brutales., ces comportements étant censées être l'expression "naturelle" de la "nature humaine", comme voudraient nous le faire croire différents managers et leurs assistants, les militaristes et les prêtres. Comme toujours dans les affaires humaines, en comparaison de celles des animaux, les problèmes sont circulaires. Nos dirigeants, qui régissent nos symboles, et dirigent ainsi une forme de vie symbolique, imposent leur propre infantilisme à nos institutions, à nos méthodes éducatives et nos doctrines. Ceci engendre une inadaptation nerveuse chez les générations montantes qui, nées dans ce contexte, sont forcées de se développer dans les conditions sémantiques contre nature (pour l'homme) qui leur sont imposées. Ils produisent à leur tour des dirigeants affligés des anciennes limitations animalières. Le cercle vicieux est complet; il en résulte un état général de déséquilibre humain, qui se reflète encore dans nos institutions. Ainsi va la vie, encore et toujours. Une telle découverte est choquante à première vue. Toutefois, en y regardant de plus près, il semble naturel que l'espèce humaine, dont l'apparition est relativement récente, et qui a traversé divers stades de développement primitifs, se méprenne structurellement sur son statut d'homme, et fasse un usage inadapté de sa structure nerveuse. Le présent ouvrage, entrepris avec "Manhood of Humanity" s'est révélé être l'"Age adulte de l'Humanité" car il met en lumière un mécanisme psychophysiologique de l'infantilisme, permettant ainsi d'entrevoir comment le prévenir et atteindre l'âge adulte. Le terme "infantilisme" est souvent usité en psychiatrie. Aucune des personnes qui ont une quelconque expérience des malades "mentaux" et les ont étudiés ne peut passer à côté du fait qu'ils présentent toujours des symptômes infantiles. Il est également bien connu qu'un adulte, par ailleurs considéré comme "normal", mais qui présente des caractéristiques sémantiques infantiles marquées, ne peut être un individu pleinement adapté, et ruine généralement sa propre existence comme celles d'autres personnes. Au cours de la présente investigation, nous avons découvert et formulé un mécanisme psychophysiologique précis mis en évidence dans tous les cas de maladies "mentales", l'infantilisme, également présent chez l'homme dit "normal". Les différences entre de telles troubles neurologiques chez différents individus varient seulement en termes de degré, et comme elles se rapprochent beaucoup des réponses nerveuses des animaux, qui constituent une régression pour l'homme, nous devons en conclure que, de manière générale, nous n'utilisons pas notre système nerveux correctement, et qu'en dépit de nos réalisations techniques, nous n'avons pas encore entièrement dépassé un stade de développement très primitif. En réalité, l'expérience démontre que plus une nation ou un peuple est techniquement développé, plus son système tend à devenir cruel, sans pitié, prédateur et commercialisé. Ces tendances à leur tour, imprègnent et empoisonnent les relations internationales, nationales, entre le capital et les travailleurs, et même les relations familiales. Faut-il alors incriminer la pratique scientifique ? Non, la difficulté réelle réside dans le fait que les différentes doctrines et croyances primitives, animalières, qui n'ont jamais été révisées, ainsi que les réactions sémantiques correspondantes, n'ont pas évolué au même rythme que les réalisations techniques. Quand nous analysons ces croyances au niveau sémantique, nous découvrons qu'elles reposent sur des postulats structurels qui ne correspondent pas aux faits, mais qui sont rigoureusement liés à la structure non révisée du langage primitif, l'ensemble du processus étant d'autant plus dangereux qu'il fonctionne inconsciemment. Quand nous effectuons une étude comparative des réponses nerveuses des animaux et des humains, les questions qui précèdent deviennent tout à fait évidentes, et nous découvrons un mécanisme psychophysiologique précis qui marque cette différence. A savoir que la raison pour laquelle ce qui précède n'a pas été formulé auparavant de façon exploitable est manifestement due au fait que la structure du vieux langage a réussi à empêcher la découverte de ces différences, et véritablement, a été grandement responsable de ces troubles sémantiques humains. De la même façon, dans le présent système non-A, le langage d'une nouvelles structure moderne, dont les termes tels que "lien temporel", "ordres d'abstractions", "termes multi-ordinaux", "réactions sémantiques", ont conduit automatiquement à la mise en lumière du mécanisme, établit les bases d'une approche thérapeutique et d'une prévention spécifique permettant de maîtriser ce mécanisme. En attendant, les résultats concrets sont très prometteurs. Une investigation démontre en général que les questions qui surgissent sont la plupart du temps linguistiques et en particulier qu'elles reposent sur l'analyse de la structure des langages en relation avec les réactions sémantiques. En conséquence, toutes les déclarations qui sont émises dans cet ouvrage concernent des faits empiriques, le langage et sa structure. Nous avons affaire à une fonction psychophysiologique évidente et bien connue de l'organisme humain, et par conséquent, toutes les déclarations peuvent être facilement vérifiées ou éventuellement corrigées et redéfinies, afin de permettre de les appliquer facilement, et d'éliminer automatiquement les mythologies primitives et les réactions sémantiques. Une fois qu'on a réalisé et formulé tout cela, on peut seulement se demander pourquoi on a si longtemps négligé ce fait si simple que le langage représente une fonction fondamentale unique psychophysiologique inhérente à l'organisme humain. La réponse semble être que : (1) le langage de tous les jours est structurellement extrêmement complexe; (2) il est humainement impossible d'analyser sa structure en utilisant le langage d'une structure A2, , c'est pourquoi avant de pouvoir faire quoi que ce soit dans ce domaine, on doit d'abord formuler un système non-A; (3) Presque tous les spécialistes, à l'exception de quelques rares mathématiciens, font preuve d'une grande naïveté en ce qui concerne le rôle structurel et sémantique du plus simple des langages non-A - qu'on appelle les mathématiques, bien que ce langage demeure toujours inadéquat. (4) toutes ces questions impliquent des facteurs inconscients des plus puissants qui s'opposent automatiquement à toute révision, et (5) l'élaboration d'un système non-A en 1933 est une entreprise extrêmement laborieuse, pour ne pas dire plus, et selon toute probabilité, sa réalisation est très au-delà des capacités d'un seul individu. Le dernier point est d'une grande importance; et bien que je n'aie pas l'intention de m'excuser ni de présenter le moindre alibi, car tout lecteur faisant preuve d'un tant soit peu de réflexion le comprendra, je dois expliquer, néanmoins brièvement pourquoi le présent ouvrage est probablement en fin de compte en deçà de ce qu'il pourrait être. Du temps d'Aristote, nous connaissions très peu de choses sur la science telle que nous la concevons en 1933. Aristote, dans ses écrits, a formulé pour nous tout un programme scientifique, que nous avons suivi jusqu'à une époque très récente. Quiconque tente de construire un système non-A en 1933 doit faire de même, par nécessité organique, en relation avec les problèmes de structure du langage. Manifestement, en 1933, en raison du nombre accablant des faits les plus diversifiés connus de la science, la question n'est plus d'élaborer un programme scientifique pour le futur, mais de construire un système qui, au moins dans sa structure , soit similaire à la structure des faits connus de toutes les branches du savoir. Je le répète: la nécessité est organique, et reliée à la structure du langage en tant que telle, impliquant de nouvelles réactions sémantiques, de façon que personne ne puisse passer à côté, comme cet ouvrage dans son ensemble le montre dans le détail. Aujourd'hui une telle adaptation structurelle implique une étude considérable de divers faits empiriques, et doit ensuite dépendre de nouvelles généralisations, ayant principalement trait à la structure. De nombreuses déclarations de scientifiques, quand bien même elle seraient acceptées comme fiables, doivent encore être traduites dans un langage spécifique dont les issues structurelles sont rendues tout à fait évidentes, mettant en lumière des facteurs en jeu dans les réactions sémantiques. Ceci représente une difficulté considérable, particulièrement quand de nombreuses branches du savoir sont en jeu, puisque chacune d'elle utilise son propre langage spécifique; c'est pourquoi une telle traduction unifiée en termes de structure impose une lourde tâche à la mémoire du traducteur, et souvent des petits détails échappent à l'attention dans les implications de la traduction, bien qu'ils puissent être bien connus du traducteur. Comme c'est probablement là que réside la principale difficulté, c'est dans ce domaine qu'il importera d'effectuer les principales corrections. J'admets que j'ai commencé cette recherche sans réaliser pleinement les difficultés qui lui sont inhérentes, ni jusqu'où elle m'entraînerait. Plus j'avançais, plus j'avais besoin d'un langage spécifique. J'ai du aller rechercher les sources, et d'une certaine façon, me spécialiser partiellement dans de nombreuses branches scientifiques, qui n'avaient jamais été mises en relation auparavant. Le progrès était extrêmement lent; en fait, il m'a fallu dix ans pour écrire ce livre, mais il me fallait passer par les préliminaires nécessaires ou abandonner toute l'entreprise. Aujourd'hui je présente ce travail au public. C'est le mieux que je puisse faire, bien que je sois pleinement conscient de ses limites et de ses imperfections. Le drame inattendu d'une telle entreprise réside dans le fait qu'un système non-A, comme ses prédécesseurs, implique tout un système métaphysique structurel qui sera développé plus loin. Le système A impliquait une métaphysique structurelle primitive; un système non-A, pour avoir une quelconque valeur sémantique, doit reposer sur une métaphysique structurelle ou sur des hypothèses structurelles correspondant à l'évolution de la science en 1933. Le premier pas dans l'élaboration d'un tel système consiste à étudier la science de 1933 et les mathématiques, et afin de connaître ces données structurelles (et d'élaborer des hypothèses là où nous manquons de données). Une telle étude est extrêmement laborieuse, lente, et même ingrate, parce que les implications qui nous concernent sont structurelles. Ainsi, des années de labeur patient et parfois pénibles se résument souvent principalement en quelques phrases brèves, mais fondamentales. La persécution active, et qui ne s'est adoucie que très récemment, de ces chercheurs qui ont osé tenter la révision d'Aristote a été très efficace dans la perpétuation des réactions sémantiques primitives. Il n'existe dans ce domaine pratiquement aucun travail critique important, et ce fait, naturellement, a rendu mon propre travail plus difficile. Il apparaît qu'au cours des quelques dernières années, la plupart des fonctions physiologiques de l'organisme humain ont été explorées, à l'exception des réactions sémantiques psychophysiologiques et les troubles qu'elles entraînent du point de vue présent. L'étude de l'aphasie est relativement récente, et celle de l'aphasie sémantique plus encore. Ce n'est que depuis la Guerre Mondiale1 qu'on a rassemblé une somme de connaissances nouvelles dans ce domaine. Dans le cadre de la perspective scientifique de 1933, la structure macroscopique devient une fonction de la structure dynamique sub-micoscopique, et les considérations sur la structure colloïdale et ses troubles acquièrent une importance fondamentale. Nous devons, par conséquent, étendre l'étude de l'aphasie sémantique en lien avec des lésions macroscopiques, pour inclure dans le cadre de la phasie sémantique (pas seulement l'a-phasie) les troubles fonctionnels sub-microscopiques liés à l'ordre, l'ordre naturel de survie et son inversion pathologique, les troubles des réactions sémantiques multiordinales. On sait que les maladies ou les troubles "mentaux" perturbent souvent les fonctions physiologiques de l'organisme humain, et réciproquement. La même chose se révèle vraie en ce qui concerne ces dernières réactions sémantiques, qui ont été peu explorées. Dans ce cas, de nombreuses difficultés spécifiques apparaissent, en raison du fait que ces réactions particulières sont strictement liées à différentes réponses "émotionnelles" ou affectives, qui sont dues à la connaissance (ou au manque de connaissance) de leurs mécanismes. Elles sont circulaires, comme le sont toutes les fonctions liées au savoir. C'est une difficulté majeure, qui est liée intrinsèquement à la structure du langage, révélant également un fait des plus importants à savoir que les langages peuvent avoir une structure. Ce domaine n'aurait pu être mis en évidence par le système A; pas plus qu'il n'aurait pu être analysé par des moyens A. 1 : Il s'agit de la Première Guerre Mondiale. (NdT) 2. A : aristotélicien, non-A : non-aristotélicien. A suivre Retour à A. Korzybski, livres et traductions |
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