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Alfred KORZYBSKI: Séminaire de Sémantique Générale 1937


PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION (2018)
© Isabelle AUBERT-BAUDRON
www.interzoneeditions.net/korzybski.htm


Table des matières

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION (2018)

Traduction mise à jour

Édition augmentée

L’origine de cette traduction

Mise au point nécessaire sur les livres de Korzybski en France

Mise au point nécessaire sur Aristote

Sémantique générale et mystifications

Détournement de la sémantique générale à des fins idéologiques

Korzybski: confrontation aux faits

L’écriture relie les humains à travers l’espace-temps



« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage… ». C’est le lot du traducteur, qui, au hasard d’une relecture, tombe sur une coquille oubliée, ou une formulation maladroite, et dont le travail n’est jamais terminé en ce sens où il peut toujours être amélioré. Depuis le dépôt légal de la première publication en juillet 2008 j’ai effectué un ensemble de modifications, si bien que celle-ci est dépassée.

Le mode d’édition que j’ai adopté, l’autoédition, se prête facilement à cette nouvelle publication sans engendrer de frais supplémentaire, les seules ressources nécessaires étant le temps, l’énergie et la matière grise.

Traduction mise à jour

Pour ce qui est de la traduction des termes de sémantique générale et scientifiques, que ce soit dans l’édition précédente comme dans celle-ci, je n’ai inventé aucun mot. Je me suis contentée d’utiliser ceux qui existaient déjà chez les auteurs ayant été publiés sur le sujet (Hélène Bulla de Villaret, Gaston Bachelard, Henri Laborit, Le Rôle du Langage dans les Processus Perceptuels de Korzybski, traduit par Georges Psheradsky) et aux termes contenus dans les dictionnaires de la langue française, auxquels chacun peut se référer.

J’ai traduit le terme « predictability » par « prédictivité » : ce terme, adopté par l’Académie de médecine à la fin des années quatre-vingt, avait alors donné lieu à une émission sur France Culture, qui avait invité le Professeur Jean Bernard pour la circonstance. Vingt-deux ans après l’achèvement de cette traduction en 1996, son usage a été intégré au vocabulaire scientifique courant, ainsi que celui de l’adjectif « prédictif ».

J’ai également repris les notes de relecture que m’avait envoyées Laura Bertone en 1996, et modifié certaines expressions et tournures de phrases qui nécessitaient d’être allégées.

Édition augmentée

Je complète l’édition précédente des lettres des intéressées, qui permettent à chacun de voir ce qu’il en est exactement, et qui constituent également des documents sur l’état d’esprit de Charlotte Read, ses relations avec les membres de l’Institut, et le travail qu’elle y accomplissait.

J’ajoute également cette deuxième préface, un glossaire des termes de sémantique générale, et des schémas sur le différentiel structurel et les étapes de la démarche scientifique, réalisés à partir de ceux de Steve Stockdale.

L’origine de cette traduction

Une précision concernant mon but quand j’ai commencé cette traduction: je l’ai entreprise dans les années quatre-vingt, après avoir achevé la traduction d’Avec William Burroughs – Notre Agent au Bunker, de Victor Bockris, qui venait d’être publiée par Denoël (1985). J’avais commencé à traduire quelques chapitres de Science and Sanity, dans le cadre de mon application de la sémantique générale en psychiatrie. Je travaillais également sur des textes de Burroughs inédits en France, en collaboration avec ce dernier et Victor Bockris, textes publiés par la suite dans Le Temps des Naguals – Autour de Burroughs et Gysin (Interzone Editions).

Quand j’ai lu ces conférences en juin 1986, elles m’ont paru abordables et compréhensibles par quiconque veut se donner la peine de les lire et prendre de temps de les comprendre; il m’a semblé que les traduire m’amènerait à une meilleure connaissance de la sémantique générale et rendrait celle-ci plus accessible au public francophone.

Toutefois je ne me suis pas lancée dans cette tâche seule, je l’ai fait en lien avec Mrs Charlotte Read, l’assistante de Korzybski, alors détentrice des droits d’auteur de Korzybski. Je correspondais avec elle au sujet d’une structure éducative élaborée en psychiatrie sur la base de la sémantique générale1. Mrs Read travaillait parallèlement sur le livre General Semantics in Psychotherapy, qui fut publié en 2003 par l’Institute of General Semantics. Elle m’a orientée vers Laura Bertone pour évaluer la pertinence de cette traduction, et nous y avons travaillé en 1995 et 1996. Celle-ci a donc été réalisée en collaboration avec l’Institute of General Semantics, dont je suis membre depuis 1986, tout comme les traductions des chapitres de Science and Sanity effectuées ultérieurement et mises en ligne avec l’accord de Bruce Kodish.

Mise au point nécessaire sur les livres de Korzybski en France

Enfin, comme la publication de Korzybski semble poser quelques problèmes en France, d’après ce que j’ai constaté devant le florilège de piratages, plagiats et grenouillages variés dont j’ai fait l’objet de la part de « spécialistes » en sémantique générale, je dois aux lecteurs les précisions suivantes, en reprenant la chronologie des faits observés de mon côté.

Quand je suis entrée en contact avec Mrs Read en 1986, elle me faisait part de ses difficultés pour trouver un éditeur désireux de publier Korzybski en France.

Une trentaine d’années plus tard, en 2018, seuls trois livres de Korzybski sont disponibles dans le catalogue de la Bibliothèque Nationale de France (BNF):

- Le Rôle du langage dans les processus perceptuels / par Alfred Korzybski ; [trad. de l'anglais par Georges Psheradsky] ; [publ. par Charlotte Schuchardt Read] The International non-Aristotelian library publ. C°., 1966

- Une carte n'est pas le territoire : prolégomènes aux systèmes, non-aristotéliciens et à la sémantique générale / Alfred Korzybski ; trad. de l'anglais par Didier Kohn, Mireille de Moura et Jean-Claude Dernis, Éd. de l'Éclat, 1998 et 2015

- Séminaire de sémantique générale, 1937 : transcription des notes des conférences de sémantique générale données à Olivet College / Alfred Korzybski ; traduit de l'américain par Isabelle Aubert-Baudron, Interzone éd., 2008.

Une Carte n’est pas le territoire est un recueil de plusieurs textes, dont une traduction révisée du Rôle du langage dans les processus perceptuels. Il est en ligne dans le site de l’éditeur.

Ce séminaire d’Olivet est le seul ouvrage de Korzybski à avoir été publié intégralement en français. Une fois sa traduction terminée et vérifiée, je l’ai diffusée gratuitement à partir de 1996 aux membres de l’ESGS (Société Européenne de Sémantique Générale) : Charlotte Read m’avait orientée vers cette association, qui avait entrepris de traduire Science and Sanity, et à laquelle j’avais adhéré. L’ESGS ayant pour but, entre autres, d’enseigner la sémantique générale, je voyais mal comment il était possible de le faire sans se référer aux écrits de celui qui l’avait conçue, et sans les communiquer aux membres de l’association.

De la même façon, il me paraîtrait difficilement concevable d’enseigner l’œuvre de Descartes sans le Discours de la Méthode, ou la théorie de la relativité hors de toute diffusion des livres d’Einstein, ou les tragédies grecques en placardisant les tragédiens antiques, puis Racine et Corneille, à moins de reproduire l’attitude de l’Église qui avait mis à l’Index les traductions de la Bible en langue vernaculaire en 1559 (Concile de Trente), afin d’en limiter l’accès aux seules personnes capables de lire en latin la traduction de saint Jérôme (390-405). Or nous ne vivons plus au XVIème siècle dans un pays régi par un roi de droit divin, mais au XXIème, dans une démocratie républicaine, un État de droit laïque dont le modèle politique repose sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, et dans le cadre duquel l’enseignement républicain est censé être libre et gratuit.

Mise au point nécessaire sur Aristote

La survivance de pratiques spécifiques de l’Ancien Régime qui ont perdu toute légitimité depuis 229 ans témoigne d’une confusion entre les différentes époques de notre Histoire et d’une connaissance très approximative de celle-ci.

Les références fréquentes à Aristote (384 av. J.-C. - 322 av. J.-C.) dans les discours officiels et médiatiques actuels, censées conférer à ceux-ci la respectabilité des auteurs de l’antiquité, n’est pas compatible avec notre évolution aux niveaux politique, technologique et scientifique. Il est impossible de gérer le monde du XXIème siècle comme le monde antique: les ingénieurs du Centre Spatial Guyanais d’où partent les fusées Ariane ne s’orientent pas selon les cartes géocentriques de l’antiquité, sans quoi ils deviendraient la risée des autres centres spatiaux de la planète. Quant à la structure sociale aristotélicienne, qui repose sur des relations de domination/soumission entre maîtres et esclaves d’une part, entre les hommes et les femmes d’autre part, dont les droits des uns et des autres sont inhérents à leur statut et limités à celui-ci, elle est incompatible avec les modèles de relation apparus au cours des siècles ultérieurs et qui sont censés structurer nos relations et la base légitime de nos valeurs:

- sur le plan spirituel à travers le christianisme, qui repose sur des relations de fraternité et d’égalité entre les humains et la valeur absolue de la personne humaine,

- sur le plan politique et légal à travers l’État de droit, l’inclusion de tous les citoyens comme membres de la nation, et l’égalité de ceux-ci devant la loi.

Si nous comparons ces deux modèles de relation les plus récents, nous voyons qu’ils sont similaires, et compatibles entre eux. En revanche, la structure de relation aristotélicienne n’est pas similaire à celle des modèles suivants, apparus respectivement 400 ans puis 1300 ans après Aristote. Elle est incompatible avec eux et dans l’impossibilité de les intégrer: une relation de domination n’est pas compatible avec des relations d’égalité et de fraternité (« L’esprit de domination est interdit aux apôtres. », Saint Bernard de Clairvaux, Textes Politiques), le statut d’esclave est incompatible avec celui d’homme libre, et se voir attribuer des droits proportionnels à son statut est incompatible avec la devise de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, etc.

Toutefois, ce décalage entre notre évolution aux niveaux scientifiques et techniques d’une part (XXIème siècle) et de l’autre dans la plupart de nos sciences humaines (antiquité et XVIIème siècle) était inévitable en raison du temps nécessaire aux générations pour intégrer, aux niveaux humains, les bases de cette évolution scientifique. Entre l’antiquité et le XVIIème siècle, l’aristotélisme a structuré toute l’évolution de notre civilisation, et il ne pouvait en être autrement. C’est pourquoi, quand l’Église a adopté, au moyen âge la scolastique, afin de structurer la doctrine de l’Église sur les enseignements d’Aristote, il s’agissait alors du seul modèle dont disposaient les théologiens : il structurait alors l’ensemble de nos modes de pensée et de nos institutions car il correspondait au niveau d’évolution de cette époque. Mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Le décalage entre les niveaux d’évolution des deux structures, celle de l’institution, et celle du message originel, engendre un ensemble de problèmes qui sont à l’origine des contradictions qui se posent encore actuellement au sein de l’Église.

Au niveau politique, le décalage entre la structure institutionnelle et le niveau d’évolution politique réel de la société engendre un ensemble d’incohérences dans les discours sur « nos valeurs » qui véhiculent ces différents modèles : au niveau des mots, ils reposent sur les valeurs du christianisme et de la République, qui sont détournées pour imposer dans les faits une structure de relation hiérarchique de dominance, similaire à la structure antique, dans la plupart de nos affaires humaines et de nos institutions, particulièrement au niveau économique.

Enfin il n’est pas cohérent d’attribuer à d’un auteur donné, vivant à une époque donnée, en l’occurrence 400 ans avant notre ère, une validité pour tous les temps à venir, en faisant abstraction de l’évolution des générations qui lui ont succédé, ni d’exiger de lui qu’il réponde à de telles attentes. Aucun scientifique sérieux n’affirmerait aujourd’hui que l’état des sciences actuel est valable pour tous les temps à venir, et le sera encore dans 2500 ans.

Les sociétés humaines ne sont pas statiques, mais dynamiques ; elles évoluent sans cesse. Ce qui caractérise l’espèce humaine est le fait que, grâce au langage humain, chaque génération transmet aux générations suivantes des acquis que les nouvelles vont modifier et accroître à leur tour. Korzybski a appelé cette fonction « time-binding ». Prétendre gérer le monde en 2018 comme il l’était il y a 2500 ans, à travers des modèles antiques, est parfaitement irréaliste et voué à l’échec. Mais présenter ce retour en arrière sous le terme de « modernisation », ou de « nouveau monde » tient de la mystification érigée au rang des Beaux-Arts.

Il n’est pas dans mon propos de nier l’intérêt de l’œuvre d’Aristote, ni son influence : il a structuré notre évolution de l’antiquité au siècle des Lumières. La connaissance de cette œuvre est importante dans les domaines de la linguistique, de la philosophie, de l’Histoire, en psychologie dans la compréhension des mécanismes de pensée qui ont structuré et structurent encore nos relations à nous-mêmes, aux autres et au monde qui nous entoure, etc. En outre, c’est sur la base du système aristotélicien qu’ont pu être édifiés les systèmes suivants, cartésien et non-aristotélicien. Sans Aristote, pas de Descartes, ni de Korzybski. Sans Euclide, pas de géométrie non-euclidienne. Ces différents systèmes ne sont donc pas opposés, mais complémentaires et indissociables les uns des autres. La lecture de ces auteurs, en les resituant dans le contexte scientifique et technologique de leur époque (Aristote et Descartes n’étaient pas seulement des philosophes, ils étaient aussi des mathématiciens et hommes de sciences), nous permet de comprendre comment nous sommes passés progressivement au fil des siècles de l’un à l’autre. C’est pourquoi opposer verbalement « aristotélicien » et « non-aristotélicien » en attribuant à ce terme le sens d’ « anti-aristotélicien », est dépourvu de sens.

Nous pourrions comparer cette évolution à l’échelle de notre civilisation à celle que nous vivons nous-mêmes au niveau individuel : notre vie quand nous sommes un bébé est différente de celle de notre enfance, puis de celle de l’âge adulte, puis de celle de la vieillesse. Ces étapes ne sont pas opposées, ni opposables, elles sont toutes nécessaires et indépendantes de notre volonté. Impossible d’atteindre l’âge adulte sans avoir été auparavant un bébé puis un enfant. Mais si nous voulons continuer à vivre en tant qu’adulte comme nous le faisions quand nous avions 5 ou 10 ans, en nous comportant de façon infantile, nous allons avoir des problèmes dans la vie.

A ce niveau, notre époque n’est pas sans rappeler la querelle des Anciens et des Modernes du XVIIème siècle. Or si une telle querelle peut se concevoir dans les domaines de la littérature, de la philosophie ou de l’Histoire, elle est complètement dépassée dans le monde actuel réel régi par une technologie moderne mondialisée. De nos jours, une telle confusion est généralement interprétée comme symptomatique d’un problème de repérage dans l’espace-temps, et désigné sous le terme de « désorientation temporo-spatiale ».

Sémantique générale et mystifications

Avant la publication du Rôle du langage dans les processus perceptuels en 1966, l’accès aux livres de Korzybski était limité aux lecteurs qui pouvaient les lire en anglais. Il était connu des membres de l’Institute of General Semantics, dont Henri Laborit, Gaston Bachelard, l’économiste et universitaire Mustapha Daïdj, etc..

Auparavant, les seuls écrits parus sur la sémantique générale étaient (source BNF):

- En 1953, Le Monde du non-A de Van Vogt, un roman de science-fiction sur le thème de la sémantique générale, qui a largement contribué à vulgariser la connaissance du terme, mais n’est pas un livre de sémantique générale.

- En 1961, un article de Fereydoun Hoveyda : Les systèmes non-aristotéliciens, de Korzybski à Van Vogt et à Jacques Bergier (cit. JB), publié dans la revue Fiction : La revue littéraire de tous ceux qui s'intéressent à la fiction romanesque dans le domaine de l'étrange, du fantastique, du surnaturel, et de l'anticipation scientifique. n°89.

Sur ces maigres bases, plus qu’approximatives, la sémantique générale a été faussement identifiée en France à la science-fiction d’une part, et au domaine du fantastique, du surnaturel et de l’étrange.

Certains ont fait le lien entre Le Matin des Magiciens de Louis PAUWELS et Jacques BERGIER (1960) et la sémantique générale. Or voici le seul extrait de ce livre qui s’y réfère (p. 72) :

« La première vulgarisation de l'histoire des Neuf Inconnus eut lieu en 1927, avec la publication du livre de Talbot Mundy qui fit partie, durant vingt-cinq ans, de la police anglaise aux Indes. Son livre est à mi-chemin entre le roman et l'enquête.

Les Neuf Inconnus feraient usage d'un langage synthétique. Chacun d'eux serait en possession d'un livre constamment récrit et contenant l'exposé détaillé d'une science.

Le premier de ces livres serait consacré aux techniques de propagande et de guerre psychologique. « De toutes les sciences, dit Mundy, la plus dangereuse serait celle du contrôle de la pensée des foules, car elle permettrait de gouverner le monde entier. » Il est à noter que la Sémantique générale de Korjybski ne date que de 1937 et qu'il faut attendre l'expérience de la dernière guerre mondiale pour que commencent à se cristalliser en Occident les techniques de psychologie du langage, c'est-à-dire de propagande. Le premier collège de sémantique américain n'a été créé qu'en 1950.

En France, nous ne connaissons guère que Le Viol des Foules de Serge Tchokhotine, dont l'influence a été importante dans les milieux intellectuels politisants, bien qu'il ne fasse qu'effleurer la question. »

Le Matin des Magiciens n’est pas un livre scientifique, pas plus que son contenu n’est à prendre au premier degré. Il s’agit d’un livre de fiction dont les auteurs, dotés du sens de l’humour et coutumiers des canulars, annoncent clairement dès le départ qu’il y a mystification, mais sans dire exactement ce qu’il en est : à chacun de donner au contenu de ce livre le sens qu’il veut et d’en tirer ses propres conclusions.

La lecture de ce court extrait permet de constater :

- une erreur d’orthographe dans le nom de Korzybski : « Korjybski » : il n’existe aucune personne de ce nom qui aurait conçu la sémantique générale,

- une autre erreur qui fait commencer la sémantique générale à 1937,

- les livres de Korzybski ne sont pas « constamment réécrits », mais édités à des dates précises comme tout autre livre,

- l’Institute of General Semantics a été créé par Korzybski en 1938,

- une confusion entre la sémantique générale de Korzybski et la sémantique, qui sont deux domaines différents : la sémantique est une branche de la linguistique, qui consiste en l'étude de la signification des termes du vocabulaire, et des modifications qu'elle peut subir,

- le livre dont il est question dans cet extrait, Les Neuf Inconnus de Talbot Mundy, est un roman d’aventure et de science-fiction américain, dont le contenu n’a pas plus de base réelle que 2001 L’Odyssée de l’Espace ou Harry Potter,

- la sémantique générale n’est aucunement une connaissance cachée depuis des temps immémoriaux puisqu’elle n’a pu été élaborée qu’à partir de la physique du XXème siècle (Einstein),

- la référence à la sémantique générale dans cet extrait arrive comme un cheveu sur la soupe : l’auteur ne donne aucune information la concernant, se contentant de la citer à partir de propos attribués à Talbot Mundy, dans un contexte traitant de contrôle de la pensée des foules et de techniques de propagande. Mais il se garde d’affirmer quoi que ce soit permettant de supposer qu’elle serait utilisée dans ces contextes. Dans cet extrait, vous pouvez remplacer les termes « sémantique générale » par n’importe quel autre expression un peu alambiquée, « gastronomie moléculaire », « référentiel bondissant » ou tout ce que vous voulez sans précisez de quoi il s’agit : bien que l’auteur n’affirme rien ni de dise rien à son sujet, la seule introduction des termes utilisés dans ce contexte suffit à provoquer, chez les lecteurs mal informés et peu attentifs, une association entre les deux.

- en revanche, la référence au « Viol des Foules de Serge Tchokhotine » repose sur un livre réel cité par Korzybski dans Science and Sanity, dans l’extrait suivant de l’Introduction à la seconde édition 1941, en ligne dans le site de l’ESGS à http://esgs.free.fr/uk/art/sands-pre2.pdf :

« In a non-aristotelian system we are stressing the differences between the animal reflex, automatic signal reactions, which do not involve ‘thinking’, human ‘intelligence’, etc., and human symbol reactions, with their flexibility, based on conscious evaluations, etc. These differences could hardly be conveyed better than by studying The Rape of the Masses; The Psychology of Totalitarian Propaganda, by Dr. Serge Chakotin, (Alliance Book Corporation, New York, 1940). A former student of Professor Pavlov, Dr. Chakotin bases his analysis of totalitarian methods on Pavlov’s fundamental researches of conditional reactions in dogs.” (p. lxxii)

(“Dans un système non-aristotélicien nous mettons l’accent sur les différences entre les réactions à des signaux, qui sont des réactions réflexes animalières, automatiques, dans lesquelles n’interviennent ni la « réflexion » ni l’« intelligence » humaine, etc., et les réactions à des symboles, flexibles, basées sur des évaluations conscientes, etc. Ces différences pourraient difficilement être mieux transmises que par l’étude du Viol des Masses : La Psychologie de la Propagande Totalitaire, par le DR Serge Chakotin (Alliance Book Corporation, New York, 1940). Ancien étudiant du Professeur Pavlov, le Dr Chakotin fonde son analyse des méthodes totalitaires sur les recherches fondamentales de Pavlov concernant les réactions conditionnées chez les chiens. » Trad. I. Aubert-Baudron).

Une partie de cette préface est consacrée aux techniques de propagande et de manipulation mentale des foules, de manière générale et plus spécifiquement celles utilisées par Hitler au moment où Korzybski écrit cette préface aux États-Unis, au coeur de la deuxième guerre mondiale, afin de mettre en lumière leurs mécanismes, d’en informer les lecteurs et les aider à s’en prémunir : voir les paragraphes :

- 5. Method of the magician, (p. xlviii),

- Section H: The passing of the old Aristotelian epoch:

1. Maginot line mentalities

2. War of and on nerves

3. Hitler and his psycho-logical factors in his life

4. Education for intelligence and democracy.

Or, à travers les artifices employés dans cet extrait du Matin des Magiciens, Pauwels et Bergier laissent supposer implicitement qu’il s’agirait d’un manipulateur. Ils citent une discipline qui n’est alors connue en France qu’à travers le roman de science-fiction, Le Monde du non-A, et dont personne ne sait en quoi elle consiste exactement. Ils l’associent verbalement au registre ésotérico-politico-complotiste, tout en se gardant bien d’affirmer quoi que ce soit, cet extrait, qui est dépourvu de sens en tant que tel, ne pouvant donner lieu qu’à des supputations des interprétations invérifiables et d’interminables polémiques sans objet, puisqu’il n’existe alors aucun élément objectif, aucun livre de Korzybski disponible en français auquel se référer pour trancher les discussions. Autrement dit, ce « lien » entre la sémantique générale et Le Matin des Magiciens, basé sur des procédés d’illusionniste, puis repris et diffusé par des gens qui ne savaient pas de quoi ils parlaient, est purement fantasmatique.

Toutefois, la lecture des « méthodes de magiciens » décrites par Korzybski permet de constater qu’ils les appliquent à son encontre et laisse supposer qu’à leur niveau, ces deux auteurs savaient pertinemment ce qu’ils faisaient :

Another very serious difficulty arises due to the fact that our knowledge of the world and ourselves involves unavoidable factors of deception and self-deception. A scientific study of magic with its methods of psycho-logical deception is most revealing, as it shows the mechanisms by which we are continually and unknowingly being deceived in science and daily life.* The stock in trade of the magician to fool the public consists of methods of misdirection, of mis-evaluation, half-truths, etc., used to play on the ordinary associations and implications, habits of hasty generalizations, etc., of the audience, thus leading to misinterpretations, identifications, lack of predictability, etc. These general, and so common, psychological mechanisms are very deep, and to a large extent are connected with the aristotelian type of of intensional, subject-predicate orientations, which ultimately may become harmful.”

(Un autre très grave danger provient du fait que des facteurs inévitables de tromperie et d’aveuglement altèrent la connaissance que nous avons du monde et de nous-mêmes. Une étude scientifique de la magie et de ses méthodes de manipulation psychologique est des plus révélatrices, car elle met en lumière les mécanismes au moyen desquels nous sommes abusés continuellement et inconsciemment, sur le plan scientifique comme dans la vie de tous les jours. Le fonds de commerce du magicien pour duper le public consiste en des méthodes de détournement, d’évaluation erronée, de demi-vérités, etc., utilisées pour jouer sur les associations et implications courantes, les habitudes de généralisations hâtives, etc., du public, conduisant alors à des interprétations fallacieuses, à des identifications, au manque de prédictivité, etc. Ces mécanismes psychologiques si communément répandus sont très profondément ancrés, et associés aux orientations aristotéliciennes intensionnelles, de type sujet-prédicat, qui peuvent se révéler néfastes au bout du compte. Trad. I. Aubert-Baudron)

Les précisions de Fereydoun Hoveyda dans son article LES SYSTÈMES NON-ARISTOTÉLICIENS: DE KORZYBSKI À VAN VOGT ET À JACQUES BERGIER, mettent en lumière cette fausse identification et la clarifient:

« La S.F. remplace les grands moyens de communication, pris dans le rêt d’une technique désuète de l‘information. Ainsi les livres de Van Vogt ont-ils attiré l’attention sur le génial Alfred Korzybski, que le Larousse continue d’ignorer. Malheureusement la S.F., comme tout genre littéraire, se heurte à des limites. Peu de lecteurs de Van Vogt ont eu la curiosité de se reporter aux oeuvres de Korzybski. Beaucoup se sont contentés de parler à l’occasion de « logique » non-aristotélicienne, de « non-axiomes » et autres éléments approximatifs qui dénaturaient la pensée de l’inventeur de la « sémantique générale » plus qu’ils ne la répandaient. Bergier et Pauwels, qui se targuent de nous ouvrir des horizons nouveaux, le signalent en passant sans même citer le titre de ses ouvrages ni se donner la peine d’expliquer son apport…

Je pourrais multiplier à l’envi les similitudes entre la pensée de Pauwels et Bergier et celle de Korzybski – au point qu’on pourrait croire qu’ils ont copié le génial savant américain. Pourtant ils ne citent Korzybski qu’au passage, une fois, et encore ne font-ils pas état de ses vues. Pauwels et Bergier n’auraient-ils jamais lu Korzybski ? Si tel est le cas, je m’étonne qu’ils s’acharnent sur les textes obscurs, et souvent falsifiés, attribués aux alchimistes d’antan, alors qu’ils possèdent à portée de main l’étude « scientifique » de maints problèmes qui les intéressent…

Cela dit, il arrive à Pauwels, chemin faisant, de nous livrer sa « métaphysique », ses croyances, ses amitiés et inimitiés. Je dis bien Pauwels, parce qu’il m’est difficile de croire que Bergier le suive entièrement sur ce terrain. Peu m’importe que l’alchimie soit ou non le résidu d’une science véritable. Pourquoi inciter les gens à aller lire des ouvrages obscurs, alors qu’ils possèdent à portée de la main des sources beaucoup plus intéressantes et d’un accès bien plus facile ? Que les conquêtes de la science contemporaine soient une simple « redécouverte » des sommets atteints par des « civilisations passées » me paraît pour le moment un problème d’intérêt secondaire.

Ici je rejoins la position de Gérard Klein2. Du fait même qu’à mon avis « Le matin des magiciens » est un « texte à plusieurs sens », il peut porter en lui le danger de renforcer les tendances « obscurantistes » qui semblent se réveiller de tous côtés. Je regrette notamment cette absence de références à Korzybski, qui eût contrebalancé les opinions d’auteurs de moindre envergure… »

Sur la base de ce livre, qui ne saurait être pris au sérieux, certains ont faussement identifié la sémantique générale avec une fiction concernant l’existence d’un groupe occulte qui la monopoliserait depuis des siècles et l’utiliserait à des fins de manipulation des foules dans le but d’une prise de pouvoir politique, alors qu’elle en est l’opposé. Ainsi la manipulation n’engage en rien la sémantique générale de Korzybski, elle est le fait des auteurs de cette fiction et de ceux qui la propagent.

Détournement de la sémantique générale à des fins idéologiques

L’article de Stéphane François, Au-delà du Matin des magiciens: l’extrême droite et l’ésotérisme, https://tempspresents.com/2010/10/19/stephane-francois-matin-magiciens-extreme-droite-esoterisme/ apporte un éclairage qui était pour moi, avant que je le lise, tout à fait inattendu. Je constatais bien que les pirates de mes textes, sites3, adresses mail, etc., se réclamaient parallèlement de mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche pseudo-libertaires, mais les incohérences dans leurs discours au niveau politique démontraient une déconnexion d’avec le terrain ainsi qu’une méconnaissance de ce dernier et des mouvements réels dans le pays. De la même façon qu’ils copiaient mon travail, ils se contentaient de reproduire à l’infini de vieux symboles et mots d’ordre d’époques antérieures sans apporter quoi que ce soit de nouveau, si ce n’est des « instituts », centres de formation, etc., sortis de nulle part, de « maisons d’édition » dont aucun titre n’apparaissait à la BNF, etc., censés leur conférer autorité et respectabilité.

Cet engouement soudain, qui semblait se répandre à la vitesse de la lumière parmi ces sphères, pour une discipline plutôt ardue, dont ils ignoraient manifestement tout et qu’ils se montraient incapables d’utiliser correctement demeurait pour moi une énigme. Ceci en dépit d’une part de la somme de travail incontestable à leur actif, à travers la réalisation de copies, contrefaçons, plagiats multiples, qui me rappelait la méthode infligée aux élèves des écoles primaires (« Vous me copierez cent fois… ») censée faciliter la mémorisation du texte copié, et d’autre part des explications que j’avais dispensées pendant des années, gracieusement par-dessus le marché, via la liste Société francophone de sémantique générale sur Yahoo, et que cette faune improbable s’est empressée d’envahir, de piller et de troller jusqu’à ce que je la clôture.

Ainsi, autant l’expérience d’enseignement à des patients en psychiatrie dans les années quatre-vingt s’était révélée immédiatement efficace et gratifiante pour tous les participants, moi inclue, autant celle du début des années 2000, dans ce contexte d’individus prétendant appartenir au gratin managérial et que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam se révélait profondément décevante : je découvrais des gens bien plus diplômés que moi, mais qui ignoraient manifestement tout des règles élémentaires de comportement qui constituent dans notre pays la base éducative et légale du vivre ensemble, qui n’acceptaient aucune limite, et qui, en dépit de leur omniscience affichée, avaient manifestement de gros problèmes de compréhension et d’adaptation au monde réel.

Cet article de Stéphane François a constitué le chaînon manquant qui m’a permis de mieux comprendre ce qui se passait là exactement:

« Le Matin des magiciens est perçu par chacun des intervenants comme un succès certes phénoménal mais aussi et d’abord comme une mystification éditoriale. Néanmoins, celle-ci est révélatrice de son temps, de sa capacité à tirer du néant mythes et traditions, voire à les créer de toutes pièces. En effet, l’ésotérisme de droite radicale s’était totalement tari. Bergier et Pauwels durent compiler de vieux textes hallucinés et conspirationnistes. Toutefois, le succès fit qu’ensuite il y eut non seulement une vague éditoriale allant en leur sens, mais aussi, par popularisation des thèmes de l’ouvrage, on vit des membres de la droite radicale adopter cet ésotérisme, en croyant qu’ils représentaient la tradition de leur courant. Ex nihilo surgissait d’une manière toute post-moderne ce qui se présentait fièrement comme un retour archaïque. »

Dans le cas de la sémantique générale, il s’agissait de présenter une discipline réelle comme si elle provenait de la science-fiction et de pseudo-mythes et mystères. Cette technique qui consiste à présenter des fictions comme réelles et des domaines abstraits comme des domaines concrets, et réciproquement, engendre une confusion des niveaux d’abstraction. Désignée sous le terme de « réification » et utilisée par des inventeurs de la « réinformation », elle est à l’origine d’impostures intellectuelles utilisées pour propager des « fake news », dans les domaines de la manipulation mentale et politique, des réécritures de l’Histoire, de l’intelligence économique, et particulièrement dans le cadre de la « guerre cognitive4 » innovée au début des années 2000.

Cette fiction a donné lieu, dans notre pays, à des récupérations par des organisations se piquant de cultiver l’ésotérisme, qui ont profité de l’absence de documents originaux de Korzybski en France pour se présenter comme des maîtres à penser, seuls détenteurs de la pierre cachée, attirant de potentiels « initiés » auxquels il devenait possible de raconter tout et n’importe quoi sur la sémantique générale en la leur présentant comme une science occulte susceptible de leur procurer des pouvoirs surhumains.

En résumé, il s’agit d’un jeu truqué basé à l’origine sur une mystification littéraire, dans lequel interviennent des manipulateurs de symboles qui mélangent fiction et réalité, des pigeons atteints de la folie des grandeurs, et des faussaires qui profitent de leur ignorance et de leur crédulité pour leur vendre des pseudo-savoirs qui non seulement ne représentent pas dans les faits ce qu’ils sont censés représenter, mais sont inventés de toutes pièces et dépourvus de toute base sensée.

D’où les multiples sites internet se réclamant de la sémantique générale qui ont envahi la toile depuis la mise en ligne des écrits de Korzybski, afin de continuer à accréditer ce monceau de fariboles. Leurs auteurs, dont la plupart ne sont pas en mesure de lire les livres originaux dans le texte, et dont la connaissance de ce dont ils prétendent traiter se borne, au mieux, aux seules traductions disponibles dans le site de l’Éclat et le mien, se sont contentés d’utiliser cette documentation en ligne, à laquelle tout le monde peut accéder gratuitement, pour monnayer leur « expertise », certains en se l’appropriant et la signant de leur nom, d’autres en produisant des versions tronquées ou dépassées, et en utilisant ces contrefaçons comme arguments de vente pour promouvoir des pseudosciences, des propos idéologiques, des thèses conspirationnistes ou diverses méthodes de développement personnel, spirituel, etc., de type sectaire et autres modélisations de leur cru.

Dans ce contexte, sans accès aux écrits de Korzybski, il devient impossible à quiconque, qu’il s’agisse des lecteurs, mais également des employeurs et des clients de ces faussaires, d’évaluer en connaissance de cause le bien-fondé de ce qui leur est présenté.

L’article de Stéphane François Qu’est-ce que la désinformation ? https://tempspresents.com/2018/06/27/quest-ce-que-la-desinformation/, est une synthèse précise et complète sur le sujet qui décrit très bien les techniques utilisées en France à l’égard de la sémantique générale de Korzybski.

Je tiens de nouveau à dégager ma responsabilité de ce genre de manipulations et d’escroqueries, qui consiste à s’introduire comme intermédiaire incontournable entre un auteur et ses lecteurs afin de les en détourner, par le biais de fausses cartes qui ne reflètent en rien le territoire réel, vers des domaines très douteux qui n’ont, en l’occurrence, strictement rien à voir avec ce dernier. Quant aux sites dont les auteurs utilisent mon nom et mon travail dans le but de s’approprier pour le vendre ce qui est accessible à tout le monde gratuitement, le seul conseil que je puisse donner aux lecteurs est de les fuir purement et simplement. Dès que vous voyez la sémantique générale ou mon nom et mon travail associés à ces entreprises de désinformation, vous savez que vous avez affaire à des faux.

Korzybski: confrontation aux faits

Il suffit de lire les cours de Korzybski, ainsi que les quelques chapitres en ligne de Science and Sanity traduits en français, et de se renseigner un tant soit peu sur sa vie pour s’apercevoir qu’il enseignait dans le cadre d’écoles, de collèges et d’universités américaines, ainsi qu’aux gens qui s’inscrivaient à ses séminaires, sans se limiter à des cercles restreints, qu’il n’était pas un homme de pouvoir, et qu’il n’avait pas conçu ni utilisé la sémantique générale dans le but de dominer qui que ce soit. Il était un scientifique, ingénieur, un militaire et un enseignant. Pas la moindre trace de goût pour l’étrange ou les mystères chez Korzybski, dont l’œuvre n’a pas plus de lien avec l’occultisme que n’en a celle d’Einstein avec Le Grand et le Petit Albert.

Il a voulu doter l’humanité de son époque, sans se limiter au pays dans lequel il vivait (en tant que membre de la Société des Nations, ses activités s’étendaient à un niveau international), d’un outil basé sur les mathématiques et la physique de la première moitié du XXème siècle, qui permettait d’appliquer, dans les sciences humaines, une démarche scientifique en s’orientant à partir des faits, d’agir de façon plus adaptée dans la vie de tous les jours et de résoudre ainsi plus efficacement les problèmes humains.

Ainsi la sémantique générale n’est rien d’autre qu’un outil de résolution des problèmes humains. Il ne s’agit donc pas d’une philosophie, ni d’une idéologie basée sur des croyances ou des dogmes, ni d’un savoir occulte utilisé à des fins de domination par une petite élite qui en aurait le monopole, ni d’un domaine dont la compréhension serait réservé à des sur-diplômés qui seraient seul capables d’en dégager et d’en transmettre la substantifique moelle. Le fait est qu’aucune élite n’a jamais été jusqu’ici en mesure de publier quoi que ce soit de Korzybski en France, et encore moins d’appliquer. Et c’est bien dommage, car si c’était le cas, les problèmes qui se posaient du vivant de celui-ci et qu’il prend en exemple au fil de ses conférences ne se poseraient plus aujourd’hui, dans l’intérêt général, mais également dans celui de nos dirigeants eux-mêmes, dans la mesure où les tragédies qu’ils engendrent, après avoir frappé les peuples, finissent bien souvent par les atteindre à leur tour. Loin de représenter une connaissance dangereuse pour l’humanité, la sémantique générale pourrait nous permettre de résoudre les problèmes dus à l’incapacité de ces dirigeants de symboliser correctement, ainsi que ceux engendrés par les comportements de domination, que ce soit aux niveaux individuel, familial, national ou international.

L’écriture relie les humains à travers l’espace-temps

Korzybski a mis en évidence une fonction de l’écriture qu’il a appelée « time-binding », qui consiste à relier l’auteur d’un écrit à ses lecteurs à travers l’espace-temps: quand nous lisons un texte écrit par quelqu’un, ce texte nous met en relation avec son auteur au moment où il l’a écrit, dans le lieu où il se trouvait. C’est le cas des livres, mais également de tous les supports de l’écriture, qu’il s’agisse de tablettes d’argiles datant de l’antiquité recouvertes de caractères cunéiformes ou égyptiens, de rouleaux préservés dans des jarres enfouies dans des grottes et écrits à l’intention de lecteurs du futur, qui ne pourront y accéder qu’au XXème siècle, tout comme c’est le cas des SMS, des messages électroniques, des échanges dans les forums et les tchats sur Internet, etc.

C’est pourquoi il appartient à chacun d’aborder Korzybski en ayant à l’esprit ce lien temporel, en progressant à son propre rythme, en sachant au départ que l’apprentissage puis l’intégration de cette discipline nécessitent du temps, du travail, de la discipline et de la constance, autrement dit des ressources non monnayables dont dispose potentiellement tout être humain et dont l’utilisation ne dépend que de lui.

C’est cette fonction de l’écriture que j’ai choisi de privilégier à travers l’autoédition sans intermédiaire que j’ai pu mettre au point progressivement, en appliquant la sémantique générale et en apprenant à en maîtriser les différentes étapes. Cette forme d’édition me permet de restaurer ce lien direct entre Korzybski et ses lecteurs, sans dépenser d’argent, et de résoudre ainsi un problème posé par un contexte économique et structurel limité doctrinalement à des objectifs principalement financiers et défavorable à sa diffusion. CQFD.

Pour les lecteurs désireux d’accéder à plus ample documentation :

- Science and Sanity est disponible en en anglais en version imprimée dans le site de l'Institute of General Semantics http://www.generalsemantics.org/ et en format PDF dans le site de l’ESGS (société européenne de sémantique générale) http://esgs.free.fr/uk/art/sands.htm ,

- J’ai mis en ligne dans le site La sémantique générale pour tous les chapitres suivants traduits en français http://semantiquegenerale.free.fr/doc.htm:

  • Introduction (chap. III)

  • Généralités sur la structure (chap. IV)

  • Du symbolisme (chap. VI)

  • Les mathématiques, un langage dont la structure est similaire à la structure du système nerveux humain (chap. XIX) (extrait)

  • Réactions conditionnées aux niveaux supérieurs et psychiatrie (chap. XXIII)

  • De la notion de simultanéité (chap. XXXVII).

Ce chapitre sur la notion de simultanéité est particulièrement intéressant, car Korzybski part de la théorie de la relativité d’Einstein sur le rôle de l’observateur dans les résultats de l’observation, et les résultats différents obtenus par des observateurs différents pour les appliquer en sémantique générale, démonstrations mathématiques par A + B à l’appui. On n’est pas du tout ici dans le domaine d’un ésotérisme échevelé, mais dans celui des mathématiques et de la physique, n’en déplaise à tous ceux qui ont bâti leur fonds de commerce sur des fables et qui dépendent désespérément de la perpétuation de celles-ci.

Je remercie particulièrement Claude Chauchat, chercheur au CNRS, pour la documentation qu’il m’a fournie sur le Matin des Magiciens et l’article de Fereydoun Hoveyda.

Isabelle Aubert-Baudron

Novembre 2018



Notes

    1. Voir le magazine Objectifs, réalisé dans ce contexte (1984-1987) qui contient les comptes rendus d’activités, en ligne à http://www.interzoneeditions.net/Int%C3%A9grale-Objectifs-2016.pdf

    2. Voir la Note de Gérard Klein sur Jacques Bergier, en ligne en version intégrale à http://web.archive.org/web/20020312045201/greguti.free.fr/aleph/contribs/klein.php3

« … J'ai publié dans Fiction un article critique assez énergique, le premier et pratiquement le seul à l'époque qui ait dénoncé cet ouvrage comme une vaste tromperie (si vous souhaitiez le reprendre sur votre site, je vous en accorde bien volontiers le droit, à condition qu'il ne fasse l'objet d'aucune autre publication sans autorisation). Bergier ne prit pas très bien cette critique mais ne m'en voulut jamais vraiment. L'autre raison fut plus politique. Embrigadé par Louis Pauwels, il accepta de signer le Manifeste dit des intellectuels français, d'inspiration Algérie Française, qui voulait faire pièce au Manifeste des 121 dirigé lui contre la guerre d'Algérie. D'autre part, je partis à la fin de cette année 1960 pour deux ans en Algérie comme appelé. J'en revins à la fin 1962 et beaucoup de choses avaient changé. Bien que je l'aie souvent revu dans les bureaux de Planète, au 114 Champs-Elysées où j'allais voir aussi mon vieil ami Jacques Sternberg et où j'ai souvent rencontré Louis Pauwels qui m'aurait assez bien vu dans le rôle de l'opposition de Sa Majesté, nos relations n'ont jamais été tout à fait les mêmes. J'avais vieilli, aussi.

L'alliance contre nature entre Pauwels et Bergier en a surpris plus d'un. Elle a conduit notamment à la rupture plutôt violente entre Bergier et Pierre Versins récemment disparu. Comment Bergier, juif, résistant, déporté, ne cachant pas ses sympathies pour l'extrême gauche d'alors malgré son anti-communisme bien mieux informé que celui de la plupart des intellectuels d'alors, et même son admiration, plus nationaliste que politique, pour les exploits scientifique de la Russie Soviétique, pouvait-il s'être allié à Pauwels, qui sentait encore le soufre d'une collaboration (certes sans doute limitée mais quand même, et jamais reniée, plutôt oblitérée) avec les Allemands pendant la guerre et qui l'avait conduit à quitter Bruxelles où il était brûlé pour Paris où il était inconnu, se réclamant (alors discrètement) de la droite, puis se marquant de plus en plus à l'extrême droite, ancien adepte de Gurdjieff pour lequel Bergier n'avait que mépris, et toujours en quête de fumeuses révélation, n'ayant pas la moindre culture scientifique, manipulateur et dépourvu de la plus élémentaire probité intellectuelle (j'ai quelques anecdotes sur le fonctionnement de Planète qui l'établissent si nécessaire), etc.? … »

3, Mes sites qui ont été plagiés sont les suivants : La sémantique générale pour tous http://semantiquegenerale.free.fr/ , entre autres l’article Les différentes étapes d’évolution de l’Occident : Aristote, Descartes, Korzybski, trois visions de l’homme et du monde http://semantiquegenerale.free.fr/Articles/evol_occ.htm , ainsi que les divers sites du réseau Interzone (portail à www.inter-zone.org/ ), dans lesquels j’avais hébergé auparavant ma documentation en sémantique générale à partir de 1998.

4. « La Guerre cognitive, appelée information warfare aux États-Unis, est une méthode de combat qui associe Guerre psychologique et Guerre radio-électronique, avons-nous appris lors de la conférence qui s’est tenue à Toulon. L’exposé a présenté l’intérêt et la puissance de cette forme de combat : manipuler un adversaire pour qu’il cause lui-même sa perte. » 2002, Guerre cognitive et USA, AR IHEDN Var-Corse : www.ihedn-var-corse.com Voir sur le même sujet le livre de Grégoire Chamayou La société ingouvernable – Une généalogie du libéralisme autoritaire, La fabrique éditions, octobre 2018.

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