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Des trous noirs dans l'économie de marché:

  1. Frais d'inscription aux concours d'entrée aux IFSI et écoles d'aides-soignantes et coût des formations

Isabelle Aubert- Baudron

00041906

TRANSLATE 


Cette série d'articles n'est pas consacrée à des travaux de physique, mais à des aspects cachés de l'économie de marché que j'ai pu observer dans le domaine de la santé, et d'éléments d'information complémentaires parus dans la presse. Comme les trous noirs en physique, de par leur caractère " invisible ", ils ne se détectent que par leurs effets sur l'environnement. Votre intrépide reporter a enquêté sur ce niveau de l'économie moderne.


Plan de l'enquête



Dans le domaine des différences d'accès à la profession infirmière en France et en Belgique, je me demandais à quoi était due la sélection qui filtre les candidats à l'accès aux études de la profession en France, sélection qui est absente en Belgique, où il suffit aux candidats de s'inscrire dans une école.

Une conversation récente avec une élève infirmière m'a édifiée sur ces raisons : cette élève se plaignait des frais conséquents qu'elle avait à payer pour pouvoir entreprendre ses études. Elle m'en a fait le détail, que je relate ci-dessous :

Frais d'inscription au concours d'entrée dans une école d'infirmière : 135 €

  • écrit : 85 €

  • oral : 50 €

  • A noter qu'en cas de désistement ces frais d'inscription demeurent acquis à l'institut et ne seront pas remboursés quelle que soit la cause d'empêchement éventuel à concourir.

Une fois le concours réussi :

- Frais d'inscription à l'école : 150 €

- Achat des blouses : 105 €

- Frais de sécurité sociale : 180 €

Ainsi cette élève avait du débourser : 570 €

Or, en ce qui concerne les frais d'inscription au concours d'entrée de 135 €, dans la mesure où une proportion importante des candidats est éliminée, ces derniers devront les payer de nouveau chaque fois qu'ils passeront un concours : en raison de l'importante sélection, la plupart d'entre eux s'inscrivent dans plusieurs écoles à la fois, pour augmenter les chances d'être admis dans une seule. Si bien qu'ils doivent les verser à chaque concours d'entrée.

Dans certaines villes, le nombre de candidats est important : plus de 2000 inscrits au concours à Toulouse par an. Ce qui fait alors, pour 2000 candidats : 135 X 2000 = la coquette somme de 270 000 € encaissés par cette école.

Le site Infirmiers.com http://www.infirmiers.com/faq.php#18 donne les chiffres suivants :

" Il faut compter environ 140 euros de frais d'inscription /ans + environ 150 euros d'inscriptions à la sécurité social /ans + l'achat de livres (environ 80 euros) et de tenues (environ 1000 euros) pour la première année. Les frais d'inscription au concours sont généralement entre 50 et 80 euros selon les IFSI. "

La somme de 1000 euros pour les tenues, comparée aux prix des vêtements professionnels, semble faramineuse :

Il faut compter une moyenne de 70 euros pour un ensemble tunique-pantalon chez Vetpro : http://www.vetpro-sa.com/medical/index_medical.htm En admettant que l'élève se procure 4 tenues : 70 X 4 = 280 euros. On est loin des 1000 euros.

Ces éléments permettent de mieux comprendre l'existence de la sélection drastique de l'accès aux IFSI (Instituts de Formation en Soins Infirmiers), qui se révèle en réalité une véritable manne sur le plan comptable. Le but de la sélection n'est pas tant la qualité des promotions que l'élimination des candidats pour multiplier les inscriptions de ceux-ci dans diverses écoles et en même temps, les frais qu'ils doivent payer.


Toutefois, si les études d'infirmière sont gratuites, il n'en va pas de même pour les aide-soignantes : Une fois le candidat reçu au concours et intégré à l'école, la formation est payante, et s'élève à 3354 euros pour la rentrée 2006. Ce coût est pour le moins dissuasif dans la mesure où peu d'élèves sortant du secondaire disposent d'une telle somme.


Dans les faits, un certain nombre de gens qui passent le concours d'aide-soignantes sont des agents de service effectuant déjà un travail aide-soignant en maison de retraite, dont les études sont payées par la formation continue par l'employeur. En fait, dans ce cas, l'employeur a déjà largement gagné l'argent qu'il investit dans ces formations, en employant des gens non qualifiés pour réaliser un travail qualifié pendant de nombreuses années. Mais cette formule a en plus pour ce dernier l'avantage d'avoir à sa botte un personnel manipulable, dont il n'aura pas à redouter l'opposition.


Si nous comparons avec les études telles qu'elles se déroulaient avant la réforme des études d'infirmières et l'instauration du tronc commun :

- Auparavant l'inscription était libre, sur présentation du baccalauréat, les frais se limitaient à l'achat des blouses, des livres, et du chemisier de l'uniforme (il y avait un uniforme, chemisier bleu, jupe bleu-marine, gilet bleu marine ; les écoles fournissaient les chemisiers).

- Idem pour les études d'aide-soignante.

- Les infirmiers de secteur psychiatrique étaient payés pendant leurs études, sans être tenus par un contrat. Le concours d'entrée se limitait à un entretien oral avec les formateurs de l'école.

Il n'y avait pas alors de pénurie d'infirmière, celles-ci ne changeaient pas de profession au bout de 10 ans.


Ainsi, au-delà des changements sur la forme, la réforme de ces études, sur le fond, a consisté à structurer celles-ci sur les bases de l'économie de marché, à en organiser la pénurie à travers une planification de l'exclusion, permettant de faire payer ce qui devrait être gratuit : les professionnels de santé qui participent à la formation sont des fonctionnaires, les écoles (IFSI) n'ont pas à gagner de l'argent pour les payer, puisqu'ils le sont déjà par l'Etat avec les deniers public. Les coûts des formations consistent alors à faire payer aux citoyens une deuxième fois ce qu'ils payent déjà avec leurs impôts. L'argent récolté représente alors un supplément dans le budget hospitalier, qui n'existait pas auparavant. L'histoire ne dit pas dans quelle enveloppe il atterrit, mais il est certain qu'il n'est pas perdu pour tout le monde. Cette introduction de méthodes de gestion privée dans les services publics, loin d'être une source d'économie, devient une source de dépenses non nécessaires, et de profits accrus pour des intérêts privés qui non seulement se gardent bien de consulter les citoyens sur cette gestion, mais encore de les en informer et de leur en rendre compte.


Les écoles de préparation aux concours d'entrée :


La sélection drastique et les nombreux échecs aux concours ont entraîné l'apparition d'écoles de préparation aux concours d'entrée, dont les tarifs sont variables :

Voir à ce sujet le site de la Faculté des Lettres, Sciences du Langage et Arts : http://lesla.univ-lyon2.fr/article.php3?id_article=129 qui propose une préparation au concours d'entrée aux écoles d'infirmières :

PREPARATION AUX CONCOURS D'ENTREE AUX "ECOLES D'INFIRMIERES" (I.F.S.I.)

Le Diplôme d'Etat d'Infirmier s'obtient à l'issue d'une scolarité de trois ans et trois mois dans un IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers) agréé par l'Etat. Ces IFSI sont accessibles par un concours comportant deux épreuves d'admissibilité (culture générale et tests) et une épreuve d'admission (entretien avec un jury).

Sont autorisés à concourir les candidats : bacheliers ou titulaires d'un diplôme d'aide-soignant
ou autorisés à l'issue de la présélection dite "validation des acquis" (3 à 5 ans d'expérience professionnelle ayant donné lieu à cotisation SS - dossier - épreuve de résumé).


CONTENU

Culture générale : 40 heures (épreuve de dix questions en 1 h 30, visant à évaluer l'intérêt du candidat pour les questions contemporaines du domaine sanitaire et social)

Travail sur la langue française (orthographe, expression)


Méthodologie
Cours sur l'actualité de la santé

Tests psychotechniques : 30 heures

Préparation à l'entretien avec un jury : 19 heures

Travail sur la voix, la respiration, la diction, et le trac (un jour et demi)
Pratique de l'entretien (10 heures)

Concours blancs

Périodicité : 95 heures, en soirée (18h15-20h15) d'octobre à mars


Tarifs

prise en charge employeur

984 €

individuel

515 €

Un site Structure d'Enseignement, de Conseils et de Formation auprès des Institutions, des Associations et des Etablissements de santé http://www.secoiae.com/pages/page_accueilpag.html propose sans rire des " formations intensives " :

FranceConcours

Formations intensives au concours d'entrée en IFSI

Formation intensive à l'épreuve orale

Nous vous proposons dans le cadre d'un stage de 2 jours :

* des mises en situations de culture générale
* des tests visant à mettre en valeur la personnalité de chacun
* des méthodes de construction et de présentation des motivations
* des simulations d'entretien
* des évaluations personnalisées

Un document de synthèse est remis à la fin de la session à chaque participant

Afin d'optimiser la prise en charge personnalisée, chaque session accueille, au maximum, 10 stagiaires.

Session novembre 2006 à Paris

Jeudi 23 et vendredi 24 novembre

Coût de la formation : 235€ (déjeuners inclus)

Formation intensive à l'épreuve écrite :

Contenu de la formation

Le stage se déroule sur cinq jours consécutifs

Au programme :

- 10 heures de tests psychotechniques (entraînement, mise en situation de concours, corrigés, cours, méthodologie)

- 17 heures de culture générale (entraînement, mise en situation de concours, corrigés, cours, méthodologie)

- 3 heures d'introduction à l'épreuve orale

Coût de la formation : 390€

Les déjeuners sont à la charge des stagiaires, mais, sur demande, les formateurs peuvent prendre en charge la réservation dans un restaurant à proximité

Date des sessions

PARIS : 18 au 22 septembre 2006 - Session complète
:
25 au 29 septembre 2006

(objectif : préparation des concours d'automne et notamment le
concours de l'APHP du 10 octobre 2006)

Coût total : 235 + 390 = 620

Extorsion de fonds ?

Cette situation au sein des IFSI n'est pas fondamentalement différente de celle des universités qui demandent des frais d'inscription aux étudiants, à cette différence près que ceux requis par les universités sont éminemment inférieurs. Or l'université Paris XI vient d'être condamnée le mois dernier pour extorsion de fonds :

L'université Paris XI: 10.000 euros d'amende pour extorsion de fonds

AFP 13.01.06 | 16h09


Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné vendredi l'université Paris XI à 10.000 euros d'amende pour extorsion de fonds, une affaire jugée à la suite de la plainte d'un étudiant pour frais d'inscription illégaux.

Poursuivie pour "escroquerie, extorsion et concussion", l'université a été relaxée du chef d'escroquerie, et le tribunal de la 15e chambre correctionnelle a jugé qu'elle n'était pas concernée par les faits reprochés de concussion.


L'affaire avait commencé après une plainte d'un étudiant en droit de 27 ans, Joël Pascal, contre l'université et sa présidente pour des frais de dossier de 7,62 euros, compris dans les frais d'inscription, qu'il estimait illégaux.


Le cas de la présidente n'a pas été jugé, le tribunal s'estimant saisi de manière irrégulière sur ce point.

Au total, l'université devra reverser les 7,62 euros illégalement perçus à l'étudiant, qui recevra également un euro de dommages et intérêts et 500 euros pour ses frais de justice.

Constatant un surplus de 7,50 euros par rapport au tarif national de frais d'inscription à l'université, Joël Pascal avait, dans un premier temps, obtenu en 2004 auprès du tribunal administratif de Versailles l'annulation de ses frais d'inscription après avoir porté plainte pour frais d'inscription illégaux.

Mais l'université avait récidivé à la rentrée 2005, avec de nouveaux frais illégaux s'élevant cette fois à 7,62 euros.


"Les universités vont devoir prendre conscience que certains de leurs comportements peuvent être poursuivis pénalement. Ce jugement devrait être dissuasif pour les autres universités", a commenté vendredi Joël Pascal, selon qui "d'après des chiffres de l'UNEF, 61% des universités pratiquent une majoration plus ou moins légale des frais d'inscription".


"C'est une victoire pour les étudiants et une manière d'interpeller le gouvernement sur le sujet", a conclu l'étudiant.

Article du monde du 15 janvier 2006


Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné, vendredi 13 janvier, l'université Paris-XI (Orsay) à 10 000 euros d'amende pour "extorsion de fonds", à la suite d'une plainte déposée par un étudiant en droit.

Poursuivie pour "escroquerie, extorsion de fonds et concussion", l'université a été relaxée du chef d'escroquerie, et le tribunal a considéré qu'elle n'était pas concernée par la concussion. Le cas de sa présidente, poursuivie pour les mêmes raisons, n'a pas été jugé, le tribunal s'estimant saisi de manière irrégulière.

Les griefs de l'étudiant, Joël Pascal, contre Paris-XI remontent au 3 juillet 2000, date à laquelle le conseil d'administration de l'université a voté les frais d'inscription pour l'année 2000-2001. Joël Pascal, qui estimait les frais de dossier obligatoires de 50 francs illégaux, a attaqué la délibération au tribunal administratif. Un an plus tard, le même scénario s'est reproduit à l'occasion de l'adoption des tarifs universitaires 2001-2002, avec des frais de dossier de 7,62 euros.


Le 24 mai 2004, le tribunal administratif de Versailles a donné raison à l'étudiant et a annulé les délibérations du conseil d'administration. Cette décision n'a pas empêché l'université d'adopter, en juin 2004, une délibération prévoyant à nouveau des frais de dossier obligatoires d'un montant identique pour 2004-2005. C'est alors que Joël Pascal, toujours étudiant à Paris-XI, a décidé d'attaquer l'université devant le tribunal correctionnel.


Cette année, Paris-XI a mis fin à cette pratique. Sa condamnation intervient après celle de Grenoble-II par le tribunal administratif, le 16 décembre 2005, pour avoir perçu des frais pédagogiques "sans que leur caractère facultatif soit clairement identifié".


Selon le syndicat étudiant UNEF, de nombreuses universités percevraient des frais d'inscription indus. "Nous demandons solennellement au ministre (de l'éducation nationale) d'intervenir pour faire cesser ces pratiques", a déclaré le syndicat, vendredi 13 janvier, dans un communiqué.
Martine Laronche

publié le 13 janvier 2006


Sites d'infos complémentaires :


Infirmier en Belgique : http://www.infirmiers.com/inf/etranger/ide-belgique.php

Concours IDE : http://ifsi.ch-hyeres.fr/article.php3?id_article=333

Concours aide-soignant : http://ifsi.ch-hyeres.fr/article.php3?id_article=347


Suite : 2. Le Monde (28/02/06) : Un rapport dénonce l'opacité de la formation médicale continue Février 2006


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